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Portrait d’une chercheuse entrepreneuse : Amel BENDALI d’INOREVIA, miniaturise et démocratise la biologie moderne

SOLUTION | PERFORMANCE TECHNOLOGIQUE | par Solenne Denis de La Gazette du Laboratoire | 06 Juillet 2021

Des bancs de l’Institut national polytechnique de Grenoble à la création d’INOREVIA, Amel BENDALI a su allier à sa passion pour la recherche, le goût de l’innovation et l’envie d’entreprendre. Un parcours d’autant plus original qu’Amel, physicienne de formation, travaille aujourd’hui entre microsystèmes et biotech, à rendre accessibles des méthodes complexes de biologie. Portrait !

Une ambition : offrir des solutions de nouvelle génération aux sciences de la vie

« Avec la création d’INOREVIA, notre ambition est de miniaturiser et de démocratiser la biologie moderne, en nous concentrant sur les protocoles complexes et les étapes en amont de l'analyse », présente Amel BENDALI. « Le projet s’est bâti sur un constat que Julien AUTEBERT, co-fondateur d’INOREVIA, et moi-même avons fait de nos expériences respectives en tant qu’étudiants et chercheurs. Beaucoup d’innovations technologiques mises au point à destination des biologistes, des chercheurs et des cliniciens, restent inaccessibles du fait de protocoles difficiles à maitriser. INOREVIA entend permettre au plus grand nombre d’accéder à ces avancées ».

 

De la physique à la biologie, de la recherche à l’entrepreneuriat…

C’est après deux ans de classe préparatoire scientifique, puis une formation d’ingénieur en physique à l’INP Grenoble - intégrant une majeure en biotechnologie - qu’Amel BENDALI a rejoint l’Institut de la Vision à Paris, pour y réaliser sa thèse. A l’époque, seule physicienne dans un laboratoire de biologie, elle se passionne pour son sujet d’étude : un projet de rétine artificielle. « Continuer de travailler en biologie était pour moi une évidence, mais j’étais également très attirée par l’entrepreneuriat », nous confie-t-elle. « J’avais envie de me lancer dans un projet qui débouche sur des applications concrètes utiles pour la biologie et le monde médical ».

 

Naissance d’INOREVIA, spin-off de l’Institut Curie

L’envie et l’idée d’Amel se concrétisent quand elle fait la connaissance, au cours de son post-doctorat à l’Institut Curie, de Julien AUTEBERT - qui y avait réalisé sa thèse -, Stéphanie DESCROIX, experte en biochimie et chimie analytique et Laurent MALAQUIN, spécialiste en microtechnologies [aujourd’hui au LAAS-CNRS de Toulouse]. « J'ai eu le plaisir d'intégrer au sein de l'Institut Curie l'équipe du professeur Jean-Louis VIOVY, pionnier et expert mondial de la microfluidique ». Grâce à la microfluidique, il devient possible de miniaturiser les processus de biologie. « M. VIOVY était co-inventeur de plusieurs brevets, avec l'intention de monter une société », ajoute Amel. Ainsi animés par une même ambition entrepreneuriale et la volonté de répondre aux enjeux de la biologie moderne, les cinq chercheurs s’associent pour créer la société INOREVIA en juillet 2016. Julien AUTEBERT en devient le président et directeur technique, et Amel BENDALI, la directrice générale, en charge également des applications - de la biologie au marketing – et des relations clients.

 

Une solution tout-en-un, pour un large panel d’applications

Nous constatons aujourd’hui dans le monde médical et scientifique qu’un nombre de plus en plus grand d’analyses doit être réalisé à partir d’un même échantillon, sans pour autant que la quantité de matériel biologique disponible soit plus élevée ni sa qualité améliorée. Pour relever ce défi, les laboratoires mettent en œuvre des préparations d’échantillons de plus en plus complexes, qui nécessitent du personnel hautement qualifié et impactent souvent la reproductibilité des données et l’accessibilité des nouvelles méthodes innovantes en biologie. Le coût des réactifs est souvent élevé et le nombre d’analyses réalisées sur un échantillon se trouve limité par la quantité d’échantillon requise. Il est par ailleurs impossible sur les plateformes robotiques actuelles, adaptées aux débits importants, de diminuer significativement les volumes réactionnels ni d’améliorer la sensibilité des analyses.

 

« INOREVIA répond à ce nouveau challenge au travers du développement d’instruments qui permettent l’automatisation et la miniaturisation des réactions biochimiques et des différentes étapes de leurs protocoles [chauffage, refroidissement, mélange, extraction…] pour un large éventail d'applications », explique Amel BENDALI. Un changement total de paradigme qui repose sur l’utilisation de briques technologiques et de savoir-faire issus de la microfluidique et des applications des particules magnétiques, expertise clé des fondateurs d’INOREVIA. « Grâce à ces procédés miniaturisés, entièrement compatibles avec les protocoles existants, la taille des échantillons ne limite plus la quantité d’analyses par échantillon, la reproductibilité est améliorée, le temps passé et la complexité perçue par l’utilisateur sont réduits », ajoute la jeune entrepreneuse.

 

De nombreux secteurs d’activités sont concernés, en particulier dans les sciences de la vie : de l’étude des molécules d’ADN et d’ARN, à celles des protéines et jusqu’à la cellule. « Nous avons décidé de nous concentrer tout d’abord sur un domaine que nous connaissons bien et où nous avons pu identifier une forte demande : la biologie moléculaire, avec l’automatisation complète de protocoles d’épigénétique et de librairies NGS. »

 

De la faisabilité technologique aux bêta-tests… et bientôt sur le marché

Avant même la création d’INOREVIA en 2016, de nombreuses publications scientifiques ont permis de prouver la faisabilité technologique du projet ; les premiers recrutements ont été réalisés en 2017 et un prototype ciblant l’épigénétique, mis au point et livré fin 2018 à un partenaire industriel. « Les résultats sont impressionnants », s’enthousiasme Amel. « Une très haute qualité des séquences a pu être mise en évidence avec des quantités de matériel biologique 20 fois inférieures à la méthode standard, une réduction des volumes de réactifs et du temps total de la préparation (de 24h de temps total à 8h) ».

La première plate-forme d’INOREVIA poursuit aujourd’hui sa phase de bêta-test. « Une levée de fonds sera prochainement lancée pour permettre d’accélérer l’arrivée sur le marché et d’agrandir l’équipe pour continuer d’innover », ajoute Amel BENDALI. Membre du pôle Medicen, INOREVIA développe l’ensemble de ses activités en France, depuis la pépinière Paris Santé Cochin où est basé son siège social. Elle compte aujourd’hui 15 salariés aux côtés de ses deux dirigeants.

Pour en savoir plus : http://www.inorevia.com/