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Entre Incertitudes et opportunités : pleins feux sur l’emploi scientifique

ENJEU | GESTION CARRIÈRE-EMPLOI  | épisode #5 | par Guénolé Carré | 21 Septembre 2021

Que l’on soit étudiant ou professionnel chevronné, les orientations à donner à nos carrières sont sources de nombreuses interrogations. Dans les temps troublés que nous traversons, il peut être parfois difficile se projeter sur le long terme. Pourtant, notre époque est riche en opportunités et l’avenir pourrait même se révéler très prolifique pour le secteur de la R&D.  

S’il existe une question qui rassemble tous les salariés c’est bien celle de la carrière. De quoi demain sera-t-il fait ? Mes projets se concrétiseront-ils ? Quelles nouvelles opportunités se présenteront à moi ? Autant de songes qui habitent nos vies professionnelles et nous poussent au quotidien sur le chemin d’un constant dépassement. Si chaque étape d’une carrière entraine son lot de questionnements propre, il serait trompeur d’imaginer que ces dernières attendent l’entrée sur le marché de l’emploi pour émerger. Dès le temps des études, c’est à tout un processus d’interrogation et de remise en question auquel l’étudiant doit faire face afin de préparer au mieux son insertion professionnelle à venir. Dans le cas des études de longue durée notamment, il peut parfois être difficile de trouver sa place dans le monde de l’entreprise. Le doctorat en est par exemple un exemple criant. Même si ce diplôme représente une très forte valeur ajoutée pour une entreprise, il est également parfois victime de préjugés dus à une certaine méconnaissance de la part des recruteurs.

« Le doctorat est de plus en plus reconnu au sein des entreprises » : c’est le constat fait par Laurence Friteau, responsable des relations entreprises, des partenariats et du recrutement à l’Association Bernard Gregory (ABG) 1. Depuis 1980, cette organisation accompagne les docteurs, les masters et les ingénieurs dans leur poursuite de carrière à travers la valorisation de leur projet professionnel en favorisant notamment la relation avec les entreprises. Au-delà de cette mission, l’association travaille également à promouvoir le statut de docteur auprès des recruteurs.

« Le doctorat est de plus en plus reconnu au sein des entreprises »

« Il y a 40 ans, le fait de poursuivre sa carrière dans le privé était très anecdotique » déclare Laurence Friteau. Même s’il reste selon elle encore du chemin à parcourir, force est de constater que, la formation doctorale s’est depuis cette époque très largement ouverte au secteur privé. Les capacités d’analyse, de synthèse des docteurs sont de plus en plus recherchées par les entreprises tant pour les métiers de R&D que sur d’autres fonctions (métiers du conseil, communication scientifique et médicale…) tout comme leur capacité à innover et s’approprier rapidement une problématique nouvelle.

Le développement des thèses CIFRE a été un accélérateur majeur de la reconnaissance des docteurs par les entreprises. Ce dispositif permet depuis 1981 à des doctorants de réaliser une partie de leurs années de thèse en entreprise. À la clé, c’est une connaissance et une confiance mutuelle qui s’établit entre employeur et doctorant. Ainsi, une fois son diplôme en poche, le bénéficiaire pourra directement intégrer l’entreprise à temps plein, tout en possédant déjà les compétences requises pour être pleinement opérationnel. En 2020, ce n’est pas moins de 1 500 contrats CIFRE qui ont été établis. Avec plus de 70% des doctorants CIFRE qui poursuivent leur carrière dans le secteur privé, l’efficacité de ce dispositif n’est plus à démontrer. Dans les années qui viennent, ce dispositif devrait connaitre une montée en puissance avec l’application de la loi de programmation de la recherche qui ambitionne d’atteindre 2 150 contrats annuels à l’horizon 2027.

Bien que l’intégration des docteurs dans les entreprises ait connu des progrès sensibles ces dernières années, la fonction doctorale doit toujours faire face à la concurrence des écoles d’ingénieurs, historiquement tournées vers les entreprises. Pour Laurence Friteau, il resterait donc encore à faire pour voir le doctorat parvenir à la place qu’il occupe dans le monde Anglo-saxon où ce dernier est largement valorisé.

À l’image des évolutions de la fonction doctorale, c’est le monde du travail dans son ensemble qui est aujourd’hui habité de changement. Étudiant ou non, chacun a pu constater à quel point la crise du COVID a bouleversé la manière dont nous appréhendions l’activité professionnelle. Si l’on ne devait citer qu’une seule nouveauté qui s’est imposée à cette occasion dans la vie professionnelle de nombre d’entre nous, le télétravail serait sans doute la plus notable.

Un trafic internet en hausse de 20%

Même si le recourt à cette pratique a tendu à diminuer au sortir des périodes de confinement – lors desquelles elle a rassemblé presque la moitié des salariés encore en activité –, elle ne s’est pas moins imposée à ces occasions comme une composante intégrante de l’organisation du travail. Ainsi, en septembre 2020, on estimait que 25% des salariés pratiquaient le télétravail de manière au moins occasionnelle. Plus insolite, le recourt à cette forme de travail n’a probablement pas été étrangère à l’augmentation de 20% du trafic internet national qui selon la société Orange, s’est produit durant le confinement de l’hiver dernier.

Suscitant à la fois critiques et éloges, force est de constater que tout le monde n’est pas égal devant le télétravail. Il est en effet impossible d’appliquer cette organisation à certains métiers, notamment à ceux de la production ou des techniciens de laboratoire. De plus, le télétravail représenterait un défi pour les managers qui sans la présence physique des employés, peuvent se retrouver démunis devant leur tâche. Point positif, cet outil laisse aux employés une plus grande liberté dans l’organisation de leurs horaires ce qui permet une meilleure conciliation entre travail et vie personnelle. Pourtant, le revers de la médaille résiderait dans une déconnexion des dynamiques de groupe qui ferait craindre pour la qualité du travail d’équipe.

Inédite par son intensité et les capacités de résilience auxquelles les entreprises ont dû faire preuve, la crise du COVID a transformé en profondeur de nombreuses dynamiques de l’activité des entreprises, en négatif comme en positif. D’un point de vue économique, cet évènement aurait par exemple entrainé un boost du secteur numérique dans son ensemble. Au-delà du télétravail, c’est en effet tout le marché des services à distance – de l’e-commerce jusqu’à celui de l’offre culturelle – qui a connu un essor notable. Croissance également importante pour l’industrie pharmaceutique et la recherche en virologie qui seraient d’après Laurence Friteau en plein essor.

La transition écologique pourrait booster le secteur de l’innovation

Si ces domaines contribuent aujourd’hui à la bonne santé de la R&D française, le secteur des écotechnologies devrait dans un avenir proche venir à son tour étoffer cette dynamique d’innovation. Dans le cadre de la transition écologique c’est en effet la quasi-totalité des process industriels qu’il faudra repenser à l’aune des enjeux environnementaux. En pratique, cette évolution impliquerait un effort conséquent de la part des structures de recherche pour plusieurs décennies. Pourtant Laurence Friteau tempère cet enthousiasme : « On en parle beaucoup mais c’est encore timide » confie-t-elle. Bien qu’essentiel à ses yeux, le secteur de l’économie verte manquerait encore de moyens et des volontés fortes essentielles à son développement.

Pourtant, les prochaines années pourraient voir l’apparition de projets structurants dans ce domaine. Véritable ligne directrice d’une nouvelle politique environnementale, le green deal européen qui est actuellement en discussion au sein de la commission européenne pourrait tout changer. Traversant tous les secteurs de l’économie : des transports à l’industrie chimique en passant par l’énergie, ce plan d’une rare ambition impliquerait une révision en profondeur de presque tout le corpus de la réglementation environnementale de l’UE. Pour en arriver à ces objectifs ambitieux (neutralité carbone à l’horizon 2050 et positionnement du continent comme leader mondial des écotechnologies), le secteur de la recherche devrait massivement être mis à contribution avec de répercutions très positives en termes d’emploi.

Dans l’Europe de demain, la route de l’emploi scientifique pourrait bien être pavée de vert.

 

Sources :

1 – Interview de Laurence Friteau, responsable de la relation entreprise, des partenariats et du recrutement à l’association Bernard Gregory

2 – Chiffres clés du dispositif CIFRE (ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation) : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22130/www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22130/www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22130/les-cifre.html

3 – « Présentation de la recommandation actuelle » du Think thank « RH » : https://event.lesechosleparisien.fr/think-tank-rh/content/live

4 – « Chiffres-clés du télétravail : ce qui a changé en 2020 » Homebrella : https://www.homebrella.fr/blog-2/chiffres-cles-teletravail/