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Avril 2010 - Cancers de l’enfant : la génétique améliore
le diagnostic et la prise en charge des rhabdomyosarcomes
Jusqu’à présent, le rhabdomyosarcome, le plus fréquent
des cancers des tissus mous chez l’enfant, était défini
en fonction de son aspect morphologique au microscope : tumeur à
risque standard ou tumeur à haut risque.
A l’Institut Curie, l’équipe du Dr Olivier Delattre1,
directeur de recherche Inserm, en collaboration avec l’équipe
de Janet Shipley de l’institut de recherche sur le cancer de Sutton
en Grande- Bretagne, montre que grâce à la génétique,
on peut désormais déterminer le risque évolutif des
rhabdomyosarcomes avec plus de précision.
Au vu de cette nouvelle étude, publiée dans le Journal of
Clinical Oncology du 29 mars 2010, certains rhabdomyosarcomes, jusqu’à
présent considérés comme à haut risque, semblent
finalement plus proches des tumeurs à risque standard. Ainsi, en
complétant le diagnostic par cette analyse génétique,
les médecins pourront éviter des traitements lourds et leurs
effets secondaires à certains enfants.
Les rhabdomyosarcomes sont les cancers des tissus mous les plus
fréquents chez les enfants. Ils représentent environ 5 %
des tumeurs pédiatriques solides et touchent plus les garçons
que les filles. Ils surviennent le plus souvent au niveau de la tête
et du cou, plus rarement dans la région génito-urinaire
ou les membres, mais peuvent cependant concerner toutes les parties du
corps.
A ce jour, les rhabdomyosarcomes sont classés en deux sous types,
alvéolaires ou embryonnaires, en fonction de leurs caractéristiques
morphologiques. Les formes alvéolaires étant plus agressives
que les autres, leur traitement est beaucoup plus lourd et nécessite
le recours à des radiothérapies et à des chimiothérapies
plus intensives. Cette stratégie thérapeutique a fortement
contribué à améliorer le pronostic des rhabdomyosarcomes
alvéolaires. Mais ces traitements intensifs peuvent avoir des conséquences
à long terme, surtout chez les jeunes enfants (cancers secondaires,
infertilité…). Il est donc crucial de les administrer uniquement
aux enfants présentant des formes de rhabdomyosarcomes très
agressives.
La génétique pour mieux identifier
les rhabdomyosarcomes
Ces dernières années, les connaissances moléculaires
sur les rhabdomyosarcomes ont largement progressé. Une altération
génétique a notamment été retrouvée
dans 70 % des rhabdomyosarcomes alvéolaires. Il s’agit d’un
gène de fusion issu du réarrangement entre les gènes
PAX 3 ou 7 et le gène FOX01. La présence de ce gène
de fusion semble pouvoir être corrélée avec des rhabdomyosarcomes
de mauvais pronostic. Reste environ 30% des rhabdomyosarcomes étiquetés
comme étant de type alvéolaire mais non porteurs de l’altération
génétique.
Les enfants ayant un rhabdomyosarcome alvéolaire sans gène
de fusion doivent-ils être traités comme les formes à
risque standard ou comme les formes à haut risque ?
Pour répondre à cette question, l’équipe du
Dr Olivier Delattre à l’Institut Curie, en collaboration
avec celle de Janet Shipley de l’Institut de recherche sur le cancer
de Sutton en Grande-Bretagne, a analysé l’ensemble des données
cliniques et les profils génomiques de 210 patients. «
Mis à part les différences morphologiques, les tumeurs alvéolaires
sans gène de fusion semblent beaucoup plus proches cliniquement
des tumeurs embryonnaires » explique le Dr Olivier Delattre.
« Les enfants atteints de rhabdomyosarcomes, quel que soit le
type, mais porteurs du gène de fusion ont un moins bon pronostic
que les autres et présentent un risque élevé de développer
des métastases. En revanche, la fréquence des métastases
et la survie sont identiques chez les jeunes patients atteints de rhabdomyosarcome
embryonnaire ou alvéolaire sans gène de fusion. »
précise Olivier Delattre.
Ainsi la présence de ce gène de fusion est un paramètre
plus significatif que les caractéristiques morphologiques pour
distinguer les rhabdomyosarcomes de bon et de mauvais pronostic.
Ce nouveau classement a pour objectif d’éviter des traitements
lourds, et leurs conséquences, aux enfants atteints de tumeurs
jusqu’à présent définies comme à haut
risque et qui, au vu de cette nouvelle étude, semblent plutôt
à risque standard. A contrario, il permettra d’intensifier
les traitements chez les patients classés à haut risque.
L’amélioration considérable du pronostic global en
cancérologie pédiatrique depuis 30 ans permet aujourd’hui
de mettre l’accent sur la prise en charge et la prévention
des complications et des séquelles thérapeutiques Grâce
aux progrès réalisés dans le diagnostic des tumeurs
pédiatriques ces 15 dernières années, la médecine
personnalisée est désormais une réalité et
permet le plus souvent possible une « désescalade thérapeutique
» au bénéfice des patients .
1 Directeur de l’unité « Génétique
et Biologie des cancers » Institut Curie/U830
Pour en savoir plus sur les rhabdomyosarcomes
Les rhabdomyosarcomes sont les tumeurs mésenchymateuses malignes
les plus fréquentes (60 à 70 % d’entre elles). Le
pic d’incidence se situe entre l’âge de 2 et 5 ans.
Ils surviennent le plus souvent dans la région de la tête
et du cou, plus rarement dans la région génito-urinaire
ou les membres.
Environ 75 % des rhabdomyosarcomes sont de type embryonnaire. Les rhabdomyosarcomes
alvéolaires, qui représentent 25% des rhabdomyosarcomes
sont plus fréquents chez l’adolescent et se localisent plus
volontiers au niveau des extrémités.
A ce jour, le pronostic dépend de l’âge de l’enfant,
de l'étendue de la tumeur primitive, de sa localisation, de sa
taille, de son opérabilité et du type morphologique. La
dissémination métastatique peut être rapide et atteindre
les ganglions, les poumons, les os ou la moelle osseuse.
Le traitement des rhabdomyosarcomes associe chimiothérapie, chirurgie
et, le plus souvent, une radiothérapie. Pour les tumeurs maxillo-faciales,
la radiothérapie peut se faire par protonthérapie. Cette
forme ultra-précise de radiothérapie limite l’irradiation
des tissus sains et donc les séquelles. En juin 2010, après
une rénovation complète, le Centre de Protonthérapie
de l’Institut Curie (ré)ouvrira ses portes avec pour objectif
d’étendre les indications en pédiatrie. Le centre
pourra désormais traiter 550 patients par an (soit 200 patients
de plus), dont au moins 120 enfants et répondre ainsi aux besoins
croissants dans ce domaine. Chaque année, une vingtaine d’enfants
atteints de rhabdomyosarcomes, maxillo-faciaux mais aussi urogénitaux,
pourront en bénéficier.
Cette étude a reçu une aide financière de la Ligue
contre le cancer et de l’Institut National du Cancer et de la Fédération
Enfants et Santé.
Références
“Fusion Gene Negative” Alveolar Rhabdomyosarcoma
are Clinically and Molecularly Indistinguishable from Embryonal Rhabdomyosarcoma.
D. Williamson1, E. Missiaglia2, A. de Reyniès3, G. Pierron4, B.
Thuille4, G. Palenzuela5, K. Thway2, D. Orbach5, M. Laé6, P. Fréneaux6,
K. Pritchard-Jones7, O. Oberlin8, J. Shipley2*, O. Delattre1,4*
1 INSERM Unité 830, Institut Curie, Paris,
2 Molecular Cytogenetics, The Institute of Cancer Research, Sutton, Surrey,
UK, 3 Programme Cartes d'Identité des Tumeurs (CIT), Ligue Nationale
Contre le Cancer, Paris, 4 Unité de Génétique Somatique,
Institut Curie, Paris, 5 Département de Pédiatrie, Institut
Curie, Paris, 6 Department of Pathology, Institut Curie, Paris, 7 Paediatric
Oncology, The Institute of Cancer Research, Sutton, Surrey, UK, 8 Department
of Pediatric and Adolescent Oncology, Institut Gustave Roussy, Villejuif
*These authors contributed equally to this work.
Journal of Clinical Oncology, publication en ligne, 29 mars 2010
Contacts presse :
Institut Curie
Céline Giustranti
Tél. 01 56 24 55 24
service.presse@curie.fr

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