|
Décembre 2007 - OB-RGRP, régulateur
négatif du récepteur de la leptine chez la souris pourrait
devenir une nouvelle cible pour le traitement de l'obésité
Les équipes françaises de l'Inserm et du CNRS(1)publient
cette semaine dans les comptes-rendus de l'Académie des sciences
des Etats-Unis (Proceedings of the National US Academy of Sciences, PNAS)
une étude montrant que la protéine OBRGRP pourrait être
une nouvelle cible pour le traitement de l'obésité. L'étude
démontre, chez la souris, que la fonction du récepteur de
la leptine, une hormone-clé du contrôle du poids corporel
et de la prise alimentaire, est régulée de façon
négative par OB-RGRP. En effet, l'absence de cette protéine
dans les cellules neuronales augmente leur sensibilité à
la leptine. Un tel résultat apparaît essentiel car la plupart
des personnes obèses sont malheureusement insensibles (résistantes)
à cette hormone de la satiété. De plus, l'inhibition
de la production d'OB-RGRP dans l'hypothalamus de souris nourries avec
une alimentation riche en graisse (mimant un peu le régime «
Mac Donald » dans notre société) empêche le
développement de l'obésité.
L'obésité est une préoccupation
majeure de santé publique dans nos sociétés modernes.
Elle est particulièrement liée au développement du
diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires et à une
augmentation du risque de développement cancéreux. En effet,
environ 40% des Français sont concernés par un surpoids
et plus de 12% sont obèses. Bien que le taux d'obésité
ait déjà doublé en dix ans, ces chiffres devraient
encore croître dans les années à venir. Le Mexique,
par exemple, a atteint le deuxième rang mondial, après les
Etats-Unis, avec presque 30% d'obèses et les soins médicaux
engendrés par le surpoids absorbent déjà 21% du budget
de la santé publique (l'obésité y est devenue la
première cause de mortalité).
Parmi les hormones-clés impliquées dans l'obésité
et le maintien du poids corporel figure la leptine. Cette hormone est
associée à la sensation de satiété et joue
un rôle majeur dans le contrôle de la prise de poids et la
dépense d'énergie. La leptine agit sur des récepteurs
spécifiques (OB-R) exprimés au niveau des tissus périphériques
et le système nerveux central, en particulier le noyau arqué
de l'hypothalamus, la région-clé impliquée dans la
régulation du poids corporel. Le taux sanguin de la leptine, qui
est majoritairement sécrétée par les adipocytes,
est proportionnel à la masse adipeuse. Chez les sujets normaux,
des taux de leptine élevés conduisent à une augmentation
de la dépense énergétique et à une diminution
de la prise alimentaire, donc à une baisse de la masse adipeuse
et du taux de la leptine. En revanche, chez les personnes obèses,
ce mécanisme de contrôle ne fonctionne plus et l'on parle
d'une résistance à la leptine. La prévention de cette
résistance constitue un enjeu majeur de la recherche sur l'obésité.
En 1997, les chercheurs de l'Institut Cochin avaient découvert
que le gène codant le récepteur de la leptine (OB-R), la
cible moléculaire de l'hormone, code aussi un deuxième transcrit
appelé OB-RGRP pour « OB-R gene related protein » (2).
Le travail publié cette semaine dans la revue Proc. Natl. Acad.
Sci (3) montre, chez la souris, qu'OB-RGRP régule le transport
intracellulaire d'OB-R et que l'inhibition de son expression augmente
de façon significative le nombre des récepteurs de la leptine
présents à la surface cellulaire et, ainsi la sensibilité
de la cellule à cette hormone.
Les chercheurs de l'Inserm et du CNRS ont appliqué cette observation
à un modèle murin d'obésité induite par une
nourriture riche en graisse dans lequel une résistance à
la leptine s'instaure progressivement. L'extinction de l'expression du
gène OB-RGRP par des ARN interférents permet aux souris
traitées de maintenir, contrairement aux témoins, un poids
tout à fait normal. Les ARN interférents, dont la découverte
a été couronnée par le Prix Nobel de Physiologie
et Médecine 2006, sont de petits fragments d'acides nucléiques
capables d'éteindre l'activité de gènes spécifiques.
Ce travail ouvre plusieurs perspectives pour le traitement de l'obésité.
Il identifie OB-RGRP comme une nouvelle cible, et propose un nouveau concept
thérapeutique. En d'autres termes, au lieu d'utiliser une molécule
agissant sur le récepteur lui-même, on pourrait supprimer
le tonus inhibiteur d'un partenaire de régulation. Des applications
thérapeutiques concrètes peuvent aussi, à terme,
être envisagées pour le traitement de l'obésité
et des maladies associées, tel le diabète de type 2. Si
les résultats obtenus chez la souris s'avéraient transposables
à l'homme, l'inhibition de la protéine OB-RGRP (soit par
des ARN interférents, soit par des antagonistes pharmacologiques)
pourrait alors permettre de restaurer la sensibilité à la
leptine des sujets obèses, et contribuer durablement à leur
perte de poids.
Notes :
1) équipes appartenant à l'Institut Cochin (équipe
de Ralf Jockers à l'Unité Inserm 567, UMR CNRS 8104, Université
Paris Descartes), à l'Institut de Biologie de Lille (CNRS UMR 8090/
Institut Pasteur Lille/Universités Lille 1 et 2, dirigée
par Philippe Froguel), à l'équipe de Yves Rouillé
(CNRS UMR 8161/ Institut Pasteur Lille/Université Lille 2) et au
Laboratoire de génétique moléculaire de la neurotransmission
et des processus neurodégénératifs (CNRS UMR 7091/Université
Paris 6 à l'Hôpital Pitié-Salpétrière,
dirigé par Jacques Mallet)
2) Bailleul, B, Akerblom, I & Strosberg, AD (1997) Nucleic Acids Res
25: 2752-8.
3) “Silencing of OB-RGRP in mouse hypothalamic arcuate nucleus increases
leptin receptor
signalling and prevents diet-induced obesity”
Couturier C, Sarkis C, Séron K, Belouzard S, Chen P, Lenain A,
Corset L, Dam J, Vauthier V, Dubart-
Kupperschmitt A, Mallet J, Froguel P, Rouillé Y, Jockers R (2007)
Proc Natl Acad Sci
Contacts :
Chercheurs :
Ralf Jockers
Directeur de recherche Inserm
Institut Cochin
Tel.: 01 40 51 64 34 et 01 64 86 19 20
jockers@cochin.inserm.fr
Cyril Couturier et Philippe Froguel
CNRS 8090-Institut de Biologie de Lille
Tel : 03.20.87.10.43 et 03 20 87 79 54
cyril@good.ibl.fr
et froguel@good.ibl.fr
Yves Rouillé
CNRS 8161-Institut de Biologie de Lille
Tel.: 03 20 87 10 27
yves.rouille@ibl.fr
Chamsy Sarkis et Jacques Mallet
CNRS 7091 (LGN)-Hôpital Pitié-Salpétrière
Tel.: 01 42 17 75 53 et 01 42 17 75 30
sarkis@chups.jussieu.fr et
mallet@chups.jussieu.fr
Presse CNRS :
Muriel Ilous
muriel.ilous@cnrs-dir.fr
T. 01 44 96 43 09

|