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Novembre 2009 - Quand le verre se forge
une carapace : du nouveau chez les diatomées
Comment se forme le squelette en verre des diatomées, des microalgues
responsables de près d'un quart de l'oxygène que nous respirons
? Des chercheurs du CNRS et de l'ENS Paris (1) viennent de percer une
partie du mystère en découvrant, chez ces organismes abondants
dans nos océans, plusieurs gènes impliqués dans le
stockage et le transport de la silice, le principal constituant du verre.
Publiés aujourd'hui dans la revue PLoS One, leurs travaux suggèrent
une réorganisation de certains gènes pour optimiser leur
réponse en présence de silice. Surtout, ils confirment le
besoin et l'importance du silicium chez les diatomées. Élucider
ces mécanismes permettrait de mieux comprendre la chimie du verre,
et d'anticiper certaines modifications environnementales, liées
aux cycles de la silice et du carbone.
Le silicium (2), élément le plus abondant sur Terre après
l'oxygène, est utilisé depuis longtemps dans l'architecture
et dans l'industrie, notamment comme composant du verre (il est alors
sous forme de silice). Il s'agit d'une substance essentielle dans la croissance
de certaines espèces de microalgues, appelés diatomées.
Ces algues microscopiques, à l'étonnante diversité,
prospèrent dans la plupart des océans, rivières et
lacs du monde. Dotées d'une coquille de verre, elles représentent
en nombre l'un des premiers constituants du phytoplancton et intéressent
fortement les chercheurs pour leurs nombreuses applications (modèle
dans le domaine des nanotechnologies (3), rôle dans la régulation
du climat (4)…).
Une équipe de scientifiques, dirigée par Pascal Jean Lopez,
chercheur au CNRS, tente de comprendre les mécanismes contrôlant
la formation de leur squelette en verre. À ce jour, les processus
impliqués dans l'assimilation, le stockage et le transport de la
silice restent en effet mal connus. Les élucider permettrait de
mieux connaître les diatomées en général. L'enjeu
est de taille : ces algues produisent près d'un quart de l'oxygène
que nous respirons, quasiment autant que les forêts tropicales !
Cette étude a porté sur l'une des rares espèces de
diatomées chez qui la synthèse d'un squelette en silice
est facultative, appelée Phaeodactylum tricornutum. Les chercheurs
ont ainsi révélé que même si cette espèce
particulière peut survivre sans silice, elle en réclame.
Surtout, ils ont découvert qu'un regroupement de certains gènes
a dû être favorisé au cours de son évolution.
Ce réarrangement spatial permettrait une meilleure coordination
de la réponse du génome en présence d'acide silicique
(forme dissoute de la silice). Les scientifiques sont également
parvenus à identifier des gènes susceptibles d'être
impliqués dans le stockage et le métabolisme de ce composé.
Et, ils ont mis en évidence certaines régulations des gènes
responsables du transport de la silice, à la fois au niveau de
leur expression et de leur localisation cellulaire.
« Elucider, au niveau moléculaire, les mécanismes
de biominéralisation de la silice est primordial pour prédire
les conséquences des modifications anthropogéniques de l'environnement
sur le cycle biogéochimique de la silice », précise
Pascal Jean Lopez.
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© Pascal Jean Lopez
/ CNRS
Transporteurs de l'acide silicique (en vert) localisés à
la surface de cellules en cours de division (P. tricornutum). En
rouge, le chloroplaste de la cellule. |
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© Pascal Jean Lopez
/ CNRS
Synthèse du squelette en verre (en vert) lors de la division
chez la diatomée Coscinodiscus. En rouge, le chloroplaste
et en bleu, le noyau. |
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les visuels (merci de respecter légende et
copyright).
Notes :
(1) Unité mixte de recherche « Biologie moléculaire
des organismes photosynthétiques » (ENS Paris / CNRS), en
collaboration avec la Plate-forme Transcriptome de la Montagne Sainte
Geneviève.
(2) Il n'existe pas à l'état libre mais sous forme de composés
: silice (ou dioxyde de silicium), silicates, acide silicique.
(3) Actuellement, personne n'est capable de reproduire leur squelette
de verre qui pourrait servir de modèle pour fabriquer des puces
miniatures.
(4) Capables de photosynthèse, ces algues piègent le CO2.
Références :
Genome-wide transcriptome analyses of silicon metabolism in
Phaeodactylum tricornutum reveal the multilevel regulation of silicic
acid transporters. Sapriel G., Quinet M., Heijde M., Jourdren L., Tanty
V., Luo G.Z., Le Crom S., Lopez P.J. PLoS One. 13 octobre 2009.
Contacts :
Chercheur CNRS l Pascal Jean Lopez l T 01 44 32 35 35 l pjlopez@biologie.ens.fr
Presse CNRS l Priscilla Dacher l T 01 44 96 46 06 l priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

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