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Juillet 2010 - Alzheimer : des récepteurs au glutamate identifiés
comme une cible thérapeutique potentielle
Antoine Triller, directeur de l'« Institut de Biologie de l'Ecole
Normale Supérieure » (Inserm U1024, CNRS/ENS Paris), et son
équipe, en collaboration avec des chercheurs de l'université
Northwestern (Chicago), viennent de mettre au jour un nouveau mécanisme
responsable des troubles de la mémoire dans la phase initiale de
la maladie d'Alzheimer. Leurs travaux paraissent le 10 juin dans la revue
Neuron.
La maladie d'Alzheimer à un stade précoce se distingue
par des troubles particuliers de la mémoire. Il a été
démontré que cette défaillance implique des dysfonctionnements
et des détériorations des synapses (zones de contact entre
les neurones) dus aux oligomères béta-amyloïdes solubles
(Aßo). En se déposant sur la membrane des neurones, ces derniers
s'accumulent et forment des plaques amyloïdes extracellulaires. Ces
plaques altèrent alors de façon significative et très
rapide la plasticité synaptique. Dans cette étude, Antoine
Triller et son équipe ont étudié les mécanismes
expliquant comment ces amas de protéines amyloïdes, qui se
fixent spécifiquement aux synapses, perturbent leur fonction, leur
morphologie et leur maintien au cours du temps.
Aßo : des ligands pathologiques
Ces scientifiques ont utilisé le suivi de particules isolées
d'oligomères A?o marqués avec des nanoparticules sur des
neurones d'hippocampe de souris. Cette zone du cerveau est responsable
de la mémorisation. Grâce à ce marquage de nanoparticules
mis au point dans le laboratoire d'Antoine Triller, les chercheurs ont
pu observer des phénomènes qui se passent à l'échelle
du micromètre avec une résolution de l'ordre du 1/100e de
micromètre. Ils ont montré que les d'oligomères béta-amyloïdes
fixés à la membrane se déplacent librement à
la surface des neurones. Par la suite, leur diffusion latérale
est nettement freinée en raison de leur accumulation au niveau
des synapses excitatrices : des agrégats amyloïdes se forment
et grossissent avec le temps.
Des amas de récepteurs au glutamate :
une toxicité synaptique
Simultanément à leur formation, ces agrégats pathologiques
entrainent une diminution de la mobilité de certains récepteurs
du glutamate (1), les mGluR5, auxquels ils se lient. De façon surprenante,
les scientifiques ont constaté que ces derniers s'agglutinent les
uns aux autres et forment des domaines responsables d'une élévation
du calcium intracellulaire lui-même à l'origine d'une toxicité
synaptique. Ce phénomène provoque la détérioration
des synapses. Ces résultats révèlent un nouveau mécanisme
physiopathologique par lequel les oligomères bêta-amyloïdes
induisent l'accumulation anormale et la stabilisation excessive d'un récepteur
du glutamate. Cet effet toxique peut être prévenu par des
antagonistes du récepteur mGluR5.
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©
Inserm
Les oligomères de béta amyloïde (rouge) se sont
accumulés à proximité des synapses (vert). |
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©
Inserm
Trajectoire (blanc) d'un oligomère de béta amyloïde
(rouge) rejoignant une synapse (verte) |
« Les mGluR5 pourraient être une meilleure cible pour le traitement
de la maladie d'Alzheimer que d'autres récepteurs spécifiques
au glutamate jusqu'à présent ciblés. Les mGluR5 étant
situés plus en amont dans la voie de la toxicité synaptique.
De plus, via le nouveau mécanisme pathologique que nous avons découvert,
nos résultats ouvrent la voie pour de nouvelles approches thérapeutiques
alternatives ou complémentaires. Il faut souligner qu'il y a eu
moins de 7 ans entre la mise au point par notre équipe avec des
physiciens de l'École Normale Supérieure d'un nouvel outil
nano-technologique conduisant à la mise en évidence d'un
mécanisme cellulaire fondamental, et la découverte d'un
processus physiopathologique insoupçonné de la maladie d'Alzheimer
» précise Antoine Triller.
Notes :
(1) Le glutamate est le neurotransmetteur excitateur le plus
répandu dans le système nerveux central.
Références :
Deleterious effects of amyloid ? oligomers acting as an extracellular
scaffold for mGluR5
Marianne Renner1,2, Pascale N. Lacor3, Pauline T. Velasco3, Jian Xu4,
Anis Contractor4, William L. Klein3 and Antoine Triller1,2
1 Inserm, Biologie Cellulaire de la Synapse, 46
rue d'Ulm, 75005 Paris, France
2 Ecole Normale Supérieure, 46 rue d'Ulm, 75005 Paris, France
3 Neurobiology and Physiology Department, Northwestern University, Evanston
IL 60208 USA
4 Department of Physiology, Northwestern University School of Medicine,
Chicago, IL 60611, USA
Neuron, 10 juin 2010
Contacts :
Chercheur :
Antoine Triller
IBENS « Institut de Biologie de l'École Normale Supérieure
» Inserm U1024, CNRS/ENS Paris
+33 (0)1 44 32 35 47
triller@biologie.ens.fr
Presse Inserm :
Amélie Lorec
01 44 23 60 98
presse@inserm.fr
Presse CNRS :
01 44 96 51 51
presse@cnrs-dir.fr

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