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Juin 2010 - Du local au global : une vision inédite sur le système
d'échanges entre les compartiments cellulaires
Jusqu'à présent, c'est au niveau « local » des
micro-environnements internes de la cellule animale que les biologistes
ont pu observer et décrire les échanges moléculaires
entre compartiments cellulaires. Aujourd'hui, ils changent d'échelle
: à l'Institut Curie, l'équipe de Bruno Goud(1), directeur
de recherche CNRS, a développé une approche quantitative
très fiable permettant de dresser les cartes globales de tous les
compartiments cellulaires et d'étudier les relations qu'ils établissent
entre eux. Grâce à ces travaux publiés online dans
Nature Methods du 30 mai 2010, il est désormais possible d'analyser
globalement les conséquences d'une perturbation des compartiments
cellulaires dans les situations pathologiques.
Chez les Eucaryotes, la cellule est une structure hautement organisée
constituée d'un grand nombre de compartiments (noyau, appareil
de Golgi etc) aux fonctions spécifiques. Les membranes qui délimitent
les compartiments, assurent les flux de matières, d'énergie,
d'informations qui permettent le fonctionnement de la cellule et le maintien
de sa structure.
Une des complications, lorsque l'on veut étudier ce système,
est son dynamisme : les compartiments changent constamment de forme, les
« pierres » de l'édifice, autrement dit les molécules
membranaires constitutives passant continuellement d'un compartiment à
l'autre. Ces fabrications, importations, exportations... bref, ces renouvellements
et échanges de molécules se font toujours, dans les deux
sens, de l'intérieur vers l'extérieur et de l'extérieur
vers l'intérieur de la cellule. De plus, ces flux membranaires
sont étroitement contrôlés par le squelette interne
de la cellule, ou cytosquelette, grâce à l'action de moteurs
moléculaires qui permettent aux membranes de “glisser”
le long des microtubules ou des filaments d'actine. Membranes et cytosquelette
sont donc interdépendants, l'action de l'un ayant des répercutions
sur l'organisation de l'autre et vice-et-versa.
Un exemple de cartographies d'un compartiment
cellulaire, les endosomes tardifs
« Pour mieux comprendre ce système complexe, on voulait
avoir une vision générale et dynamique de la répartition
des membranes à l'intérieur de l'espace de la cellule »
explique Bruno Goud(1), directeur de l'unité Compartiments et dynamique
cellulaire.
Kristine Schauer, jeune post-doctorante de l'équipe et ses collaborateurs,
ont utilisé des cellules en culture qu'ils ont fait adhérer
à un support à des endroits précis pour mimer ce
qui se passe in vivo. En effet, dans chaque tissu, les cellules situées
côte-à-côte ont une organisation interne très
semblable qui dépend des contacts qu'elles établissent entre
elles.
« Nous avons donc disposé des protéines d'adhésion
selon un « patron » pré-défini en utilisant
une astuce : ce patron d'adhésion ne donne pas beaucoup de «
choix » aux cellules. Comme celles-ci sont robustes, elles s'adaptent
aux conditions contraignantes et répondent, grâce au cytosquelette,
de manière stéréotypée ; et tous les compartiments
membranaires vont avoir le même comportement d'une cellule à
l'autre », précise le biologiste Michel Bornens(2).
L'objectif est de mesurer la taille des différents compartiments,
leur volume et leur localisation les uns par rapport aux autres. Pour
ce faire, les outils d'imagerie informatique utilisés calculent
les données moyennes obtenues sur des centaines de cellules fixées
par le patron d'adhésion. L'analyse est donc quantitative et permet
d'obtenir des cartes de densité. Elle se révèle aussi
extrêmement fiable et, ce, avec très peu de cellules : il
suffit d'une vingtaine pour avoir une excellente estimation spatiale,
y compris en trois dimensions, de la densité et de la localisation
du compartiment étudié.
Utilisée avec des marqueurs spécifiques des différentes
membranes, l'approche permet de dévoiler l'organisation et la logistique
de l'espace cellulaire avec ses endosomes*, lysosomes*, réticulum
endoplasmique*, appareil de Golgi*, vésicules de sécrétion
et autres organites cellulaires. Ainsi, on observe que certains compartiments,
tel les lysosomes, se répartissent préférentiellement
vers le côté adhésif de la cellule en culture.
Cette approche a aussi permis la première visualisation des changements
subtils que provoquent sur l'ensemble des membranes internes une cassure
au niveau du cytosquelette. Elle pourrait donc constituer une voie royale
pour l'analyse des altérations phénotypiques provoquées
par des substances chimiques ou autres. Prochaine étape pour l'équipe
de chercheurs de l'Institut Curie : étudier l'architecture et l'organisation
de ces compartiments dans les cellules tumorales. On soupçonne,
en effet, que l'altération de certains protéines, maîtres
d'oeuvre de cette organisation, soit impliquée dans le processus
de tumorogenèse.
Les principaux compartiments cellulaires en quelques
lignes
La grande différence entre les cellules procaryotes et eucaryotes
est la présence, dans l'espace intracellulaire des secondes, de
compartiments spécialisés (dont un noyau), délimités
par des membranes que l'on appelle endomembranes, et d'un “squelette”
protéique interne, le cytosquelette. De ce fait, les diverses fonctions
et mécanismes indispensables à la vie de la cellule sont
séparés et répartis dans cet espace - lui-même
fermé par la membrane cytoplasmique - avec une logique qui rappelle
celle des usines humaines.
Le noyau, qui contient le génome, est le site privilégié
de synthèse des ADN et ARN. Autour de lui, le cytoplasme se laisse
en grande partie occupé par les replis labyrinthiques du réticulum
endoplasmique (RE). Ils portent à leur surface une multitude de
ribosomes qui assurent la synthèse des protéines membranaires
et des protéines solubles. Certaines seront dirigées vers
le RE, et la plupart vers d'autres compartiments ou vers l'extérieur.
Autre structure faite de replis, l'appareil de Golgi. Avec son empilement
de vésicules, il joue le rôle de “sas” intermédiaire
pour les protéines passant du RE vers d'autres compartiments (ou
l'inverse) et vers la membrane plasmique, sas dans lequel ces molécules
subissent encore des modifications.
On trouve aussi dans le cytoplasme des endosomes, issus de l'internalisation,
à la surface de la cellule, de vésicules membranaires chargées
de molécules introduites ainsi dans le cytoplasme.
Certains types de compartiments assurent le nettoyage, autrement dit la
dégradation de molécules et de particules, grâce à
la présence d'enzymes : ce sont les lysosomes et les peroxisomes.
Enfin, pour que la cellule et ses différents organites puissent
effectuer toutes ces fonctions, il faut de l'énergie. La molécule
“énergétique” pas définition, l'ATP est
fournie par les mitochondries.
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©
Kristine Schauer
Cette cellule est étalée sur un "patron"
en forme de cercle. Le marquage par immunofluorescence permet de
repérer les endosomes précoces en rouge, les endosomes
tardifs en vert et le noyau en bleu. |
Notes :
(1) Bruno Goud est directeur de l'unitéc ompartimentation
et dynamique cellulaires - Institut Curie/CNRS UMR 144 et chef de l'équipe
Mécanismes moléculaires du transport intracellulaire.
(2) Michel Bornens est directeur de recherche émérite dans
l'équipe Mécanismes moléculaires du transport intracellulaire.
Références :
« Probabilistic density maps to study global endomembrane
organization »
Kristine Schauer, Tarn Duong, Kevin Bleakley, Sabine Bardin, Michel Bornens
& Bruno Goud
Nature Methods, publication on line, 30 mai 2010
Contacts :
Presse CNRS
Claire Le Poulennec
T 01.44.96.49.88
claire.le-poulennec@cnrs-dir.fr
Presse Institut Curie
Céline Giustranti
T 01.56.24.55.24
service.presse@curie.fr

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