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Avril 2010 - Lutte contre le VIH : un composé très prometteur
Une molécule capable de bloquer le transfert du VIH d'une cellule
à une autre a été mise au point par des chercheurs
de l'Institut de biologie structurale Jean-Pierre Ebel (CNRS/Université
Joseph Fourier/CEA). Elle agit en saturant un récepteur nommé
DC-SIGN, utilisé par le VIH pour se faire transporter dans l'organisme.
Cette molécule a fait l'objet d'un dépôt de brevet
et d'une publication, qui sortira le 19 mars dans le journal ASC Chemical
Biology.
Malgré les nombreux progrès réalisés
dans la lutte contre le VIH, cette infection est toujours responsable
de millions de morts chaque année. La recherche de nouvelles cibles
cellulaires, contre lesquelles diriger de nouveaux traitements antiviraux,
demeure un enjeu important.
Des chercheurs de l'Institut de Biologie Structurale (CNRS /Université
Joseph Fourier/CEA)(1) ont travaillé sur un récepteur, nommé
DC-SIGN, qui se trouve à la surface des cellules dendritiques :
ces cellules du système immunitaire sont présentes dans
les zones de contact avec l'extérieur, comme les épidermes
ou les muqueuses, premiers sites de rencontre avec les pathogènes.
Ce récepteur est impliqué dans les phases initiales de l'infection
par le VIH. Il représente une cible thérapeutique potentielle
qui n'a pas encore été exploitée jusqu'ici.
Quel est le rôle de DC-SIGN ? En temps normal, il capture des pathogènes
par la reconnaissance de certains oligosaccharides caractéristiques
présents à leur surface. Ces pathogènes sont ensuite
internalisés dans les cellules dendritiques qui les dégradent
et présentent les morceaux à leur surface. Ces cellules
vont ensuite se déplacer jusqu'aux organes lymphoïdes pour
déclencher une réponse immunitaire de l'organisme, c'est-à-dire
la production de lymphocytes T capables de combattre ce pathogène.
Le VIH, lui, utilise DC-SIGN pour se faire transporter intact jusqu'aux
lymphocytes T qu'il va infecter. Il s'attaque en particulier aux lymphocytes
T CD4+ (lymphocytes porteurs d'une molécule nommée CD4 et
sensible au VIH), qui sont la cible principale utilisée par le
virus pour son expansion.
Les chercheurs ont mis au point un composé capable d'inhiber le
processus de transfert du VIH aux lymphocytes T CD4+. Cette molécule
tétravalente, qui possède quatre groupes fonctionnels imitant
les oligosaccharides des pathogènes, est reconnue par DC-SIGN,
empêchant ainsi le VIH d'utiliser ce récepteur pour voyager
jusqu'aux organes lymphoïdes. Elle présente des propriétés
particulièrement intéressantes, une haute solubilité
dans les milieux physiologiques, une cytotoxicité(2) négligeable
et d'un effet longue-durée (même après lavage des
cellules, l'effet bloquant perdure plusieurs heures). En outre, la structure
simple du composé permet d'envisager facilement une production
à grande échelle.
Enfin, dernier avantage mais non le moindre, DC-SIGN est également
utilisé par d'autres pathogènes pour contourner le système
immunitaire. Le composé mis au point par les chercheurs pourrait
également présenter des débouchés dans l'inhibition
de l'infection par les virus de l'hépatite C, de la dengue, Ebola,
du SRAS(3), la bactérie Mycobacterium tuberculosis (responsable
de la tuberculose) et un certain nombre de parasites. Il pourrait même
s'avérer plus efficace que dans le cas du VIH. Ce composé
pourrait ainsi rejoindre la liste des molécules antivirales conçues
sur la base de structures osidiques existant dans la nature, les glycomimétiques,
tel le Tamiflu utilisé contre la grippe saisonnière.
Son efficacité est avérée in vitro pour empêcher
le transfert du VIH d'une cellule à une autre. Les chercheurs ont
pris soin de protéger leur molécule, par un brevet déposé
par le CNRS et l'Université Joseph Fourrier. Prochaine étape
: les études précliniques menées sur des modèles
animaux. En attendant de trouver un partenaire ou de créer eux-mêmes
une structure capable de prendre cet aspect en charge, les chercheurs
continuent d'améliorer l'efficacité de leur molécule
pour la rendre plus spécifique de DC-SIGN et augmenter son interaction
avec ce récepteur.
Notes :
(1) En collaboration avec des chercheurs italiens et espagnols,
dans le cadre du réseau européen CARMUSYS
(2) Toxicité pour les cellules
(3) Syndrôme respiratoire aigu sévère
Références :
Inhibition of DC-SIGN Mediated HIV infection by a linear trimannoside
mimic in tetravalent presentation. Sattin S, Daghetti A, Thépaut
M, Berzi A, Sanchez-Navarro M, Tabarani G, Rojo J, Fieschi F, Clerici
M, Bernardi A. (2010) ACS Chem Biol. DOI: 10.1021/cb900216e
Contacts :
Chercheur
Franck Fieschi
T 04 38 78 91 77
franck.fieschi@ibs.fr
Presse CNRS
Claire Le Poulennec
T 01 44 96 49 88
claire.le-poulennec@cnrs-dir.fr
Presse CEA
Stéphane Lavaessierre
T 01 64 50 27 53
stephane.laveissiere@cea.fr

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