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Mars 2010 - Des souris naines africaines dont les femelles sont XY
À quelques exceptions près, le chromosome Y détermine
le sexe chez les mammifères. La souris naine africaine M. minutoides
échappe à cette « règle ». Chez cette
espèce proche de la souris domestique, c'est le chromosome X qui
déciderait du sexe. Une équipe pilotée par Frédéric
Veyrunes, chercheur CNRS à l'Institut des sciences de l'évolution
de Montpellier (1), en collaboration notamment avec des biologistes de
l'Institut de génomique fonctionnelle de Lyon (2) et de l'IRD,
viennent d'identifier ce cas de déterminisme sexuel inattendu.
Les chercheurs ont mis en évidence un réarrangement chromosomique
particulier sur un chromosome X de la souris. Ces travaux devraient permettre
de mieux comprendre comment fonctionne le déterminisme sexuel classique
des mammifères. Ils sont publiés dans l'édition papier
du 7 avril 2010 de la revue Proceedings of the Royal Society B (édition
disponible dès aujourd'hui sur le site de la revue).
Pour la grande majorité des mammifères (3), le déterminisme
sexuel suit une règle simple : un équipement chromosomique
XX définit une femelle tandis qu'un équipement XY donne
un mâle. Mais la situation peut s'écarter de ce principe.
On parle alors d'anomalies chromosomiques qui engendrent très généralement
une stérilité. Sur le chromosome Y, le sexe est déterminé
par la présence ou non d'un seul gène appelé Sry.
Localisé en 1990, ce dernier initie le développement du
sexe mâle. Sans ce gène, les gonades deviennent ovaires.
Toutefois, quelques espèces de mammifères n'obéissent
pas à cette règle. Jusqu'à présent, 7 cas
de déterminisme sexuel atypique ont été observés,
tous chez des rongeurs. L'équipe coordonnée par Frédéric
Veyrunes vient d'identifier un nouveau cas, le premier décrit depuis
30 ans, chez Mus minutoides, une espèce de souris naine africaine
particulièrement intéressante car très proche de
la souris domestique, le principal modèle mammifère utilisé
en biologie. S'intéressant à différentes populations
de Mus minutoides africaines, les chercheurs ont observé une très
forte proportion de femelles fertiles porteuses des chromosomes XY (74
à 100%).
Pour mieux comprendre ce qui se passe au niveau génétique,
les chercheurs ont mené des analyses moléculaires et cytogénétiques.
Ils ont ainsi révélé que la réversion de sexe
ne semble pas induite par une mutation sur le gène Sry, mais par
un réarrangement chromosomique encore inconnu sur le chromosome
X. En effet, deux chromosomes X morphologiquement distinguables sont présents
chez les femelles : X et X*. L'un d'eux, désigné X*, est
invariablement associé aux femelles pourvues de la paire X*Y. Il
est porteur d'une mutation entraînant la réversion de sexe.
Il est assez surprenant que la mutation soit portée par le chromosome
X et non Y, qui décide en général du sexe. Mais le
chromosome X des mammifères porte lui-même beaucoup de gènes
contrôlant des traits sexuels et reproductifs, certains exprimés
lors de la spermatogénèse. Une question subsiste : pourquoi
ces souris XY n'ont-elles pas disparu du fait de la sélection naturelle
? Plusieurs pistes de réflexion sont avancées pour expliquer
ce paradoxe évolutif. Elles sont en train d'être creusées.
Ces systèmes aberrants sont peu étudiés, et les mécanismes
expliquant ces anomalies ainsi que leur fonctionnement demeurent quasi-inconnus.
Mieux les connaître pourrait permettre de mieux comprendre le déterminisme
sexuel « classique » chez les mammifères. En effet,
la majorité des grandes avancées dans ce domaine proviennent
de l'analyse de systèmes sexuels variants et de réversions
du sexe pathologiques chez l'homme et la souris.
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© Frédéric
Veyrunes / CNRS 2009
Une femelle XY de souris naine africaine Mus minutoides placée
à proximité d'une coque de cacahuète |
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© Frédéric
Veyrunes / CNRS 2009
Une femelle XY de Mus minutoides |
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les images (merci de respecter légende et copyright).
Notes :
(1) CNRS / Université Montpellier 2
(2) CNRS / Université Lyon 1 / ENS Lyon / Inra
(3) Cela concerne les mammifères marsupiaux et placentaires, excluant
trois espèces qui appartiennent aux mammifères prothériens
(ornithorynque,échidné australien et échidné
d'Océanie).
Références :
A novel sex determination system in a close relative of the
house mouse. Frederic Veyrunes, Pascale Chevret, Josette Catalan, Riccardo
Castiglia, Johan Watson, Gauthier Dobigny, Terence J. Robinson and Janice
Britton-Davidian. Proc. R. Soc. B. Edition du 7 avril 2010.
Publication disponible sur : Consulter
le site web
Contacts :
Chercheur CNRS
Frédéric Veyrunes
frederic.veyrunes@univ-montp2.fr
Presse CNRS
Priscilla Dacher
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

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