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Mars 2010 - Les récepteurs à dépendance : une nouvelle
arme anti-tumorale ?
Le couple formé par un ligand (la Neurotrophine-3) et son récepteur
à dépendance (TrkC), constitue un nouveau mécanisme
de contrôle antitumoral dans des cancers pédiatriques comme
le neuroblastome et pourrait également être important dans
le contrôle d'autres cancers comme celui du sein. Réalisés
par une équipe du Laboratoire Apoptose, cancer et développement
(CNRS/Université Lyon 1/Centre de lutte contre le cancer Léon
Bérard), ces travaux appuient le concept proposé depuis
quelques années par ce laboratoire : concevoir des stratégies
thérapeutiques anti-tumorales ciblées sur un nouveau type
de récepteur, les récepteurs à dépendance.
Ces récepteurs sont en effet capables d'induire la mort des cellules
quand ils sont privés de leur ligand. Ces résultats sont
publiés dans le numéro de mars 2010 de la revue Journal
of Clinical Investigation.
Placé à la surface de la cellule, un récepteur
capte les signaux du milieu extracellulaire (ligands) pour induire un
signal à l'intérieur de la cellule via différentes
cascades moléculaires. Un récepteur est ainsi considéré
comme un interrupteur qui est éteint en absence de son ligand.
Depuis une dizaine d'années, l'équipe du Laboratoire Apoptose,
cancer et développement (CNRS/Université Lyon 1/Centre de
lutte contre le cancer Léon Bérard), dirigée par
Patrick Mehlen, travaille sur certains récepteurs, appelés
récepteurs à dépendance, qui, en absence de leur
ligand, induisent un signal qui conduit la cellule à mourir. Il
a été montré que ces récepteurs contrôlent
la progression tumorale : en effet, les cellules cancéreuses surnuméraires
se retrouvent en compétition pour fixer le ligand disponible et
sont amenées à mourir via leur récepteur à
dépendance. Les récepteurs à dépendance constitueraient
donc un nouveau mécanisme de contrôle anti-tumoral.
Dans cette étude, les chercheurs se sont particulièrement
intéressés au récepteur à dépendance
TrkC et à son ligand, la Neurotrophine-3 (NT-3). Il a été
montré que dans des cancers pédiatriques tels que le neuroblastome,
la présence de TrkC est un facteur de bon pronostic. Les scientifiques
ont donc cherché à savoir si TrkC en tant que récepteur
à dépendance pouvait contrôler la progression tumorale.
Ils ont étudié des échantillons issus de tumeurs
particulièrement agressives obtenus auprès des Centres de
Ressources biologiques du Centre de lutte contre le cancer Léon
Bérard à Lyon et de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif
qui collectent ce type d'échantillons à des fins de diagnostic
et de recherche.
Les résultats obtenus montrent que près de 40% des tumeurs
de neuroblastome parmi les plus agressives produisent elles-mêmes
le ligand NT-3 afin de pouvoir progresser sans déclencher la mort
induite par le récepteur à dépendance TrkC. En empêchant
les cellules tumorales de produire NT-3, les chercheurs ont ainsi rétabli
la mort cellulaire.
L'équipe lyonnaise a également mis au point un modèle
de progression tumorale dans l'œuf de poulet, un modèle proche
du développement embryonnaire, caractéristique du neuroblastome.
Les cellules tumorales humaines sont déposées sur la membrane
vascularisée qui permet les échanges gazeux avec la coquille
(membrane chorioallantoïdienne). En une semaine, les cellules tumorales
humaines forment une tumeur, entrent dans les vaisseaux sanguins, parviennent
aux poumons de l'embryon et y forment des métastases. Cependant,
en appliquant un traitement qui bloque la liaison de NT-3 à son
récepteur TrkC, les chercheurs observent une diminution du nombre
de métastases et une réduction de la taille des tumeurs
primaires formées. Ils ont également obtenu des résultats
similaires dans un modèle de tumorigénèse chez la
souris.
Le couple ligand/récepteur à dépendance NT-3/TrkC
contrôle donc en partie la tumorigénèse dans le contexte
du neuroblastome. Ces résultats apportent la preuve qu'interférer
avec la liaison TrkC/NT-3 peut constituer une nouvelle stratégie
thérapeutique ciblée. Cette découverte est protégée
par un brevet. Les chercheurs vont maintenant étudier si elle peut
s'appliquer à d'autres types de cancers. Des résultats préliminaires
indiquent déjà que le couple NT-3/TrkC pourrait aussi avoir
un rôle important dans le cancer du sein.
La société Netris Pharma, start-up du Laboratoire Apoptose,
cancer et développement, développe des agents thérapeutiques
ciblant NT-3. Les phases de développement pré-clinique devraient
débuter prochainement.
Références :
Neurotrophin-3 production promotes human neuroblastoma cell
survival by inhibiting TrkC-induced apoptosis
Jimena Bouzas-Rodriguez, Jorge Ruben Cabrera, Céline Delloye-Bourgeois,
Gabriel Ichim, Jean-Guy Delcros, Marie-Anne Raquin, Raphaël Rousseau,
Valérie Combaret, Jean Bénard, Servane Tauszig-Delamasure,
and Patrick Mehlen
Journal of Clinical Investigation, mars 2010
Contacts :
Chercheur CNRS
Servane Tauszig-Delamasure
T 04 78 78 51 28
tauszig@lyon.fnclcc.fr
Presse CNRS
Muriel Ilous
T 01 44 96 43 09
muriel.ilous@cnrs-dir.fr

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