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Mars 2010 - Comment agissent certaines toxines accumulées dans
les fruits de mer
Des toxines libérées par certaines micro-algues peuvent
contaminer les poissons et les fruits de mer, qui deviennent alors toxiques
pour l'Homme. Des chercheurs du CNRS (1) et du CEA (2) viennent, pour
la première fois, d'identifier le mécanisme d'action de
deux de ces toxines. Ils ont montré comment et pourquoi elles induisent
des symptômes neurologiques. De ces résultats pourrait notamment
découler la mise au point de nouveaux tests pour détecter
ces toxines. Leurs travaux sont publiés en ligne cette semaine
sur le site de la revue PNAS.
Des biotoxines marines sont naturellement produites par plusieurs
espèces d'algues unicellulaires. Elles peuvent s'accumuler dans
la chair des poissons et des coquillages : on les appelle alors phycotoxines.
Consommer un coquillage contaminé par ces substances peut provoquer
chez l'Homme des symptômes diarrhéiques, paralytiques ou
neurologiques, entre autres. Les phycotoxines se disséminent rapidement
à travers le monde notamment via les ballasts des navires marchands.
Dès 1991, des contaminations de coquillages ont été
observées au Canada, puis sur les côtes de Norvège,
en Espagne et en Tunisie. En 2005, des huîtres contaminées
ont été décelées en France, au sein du bassin
d'Arcachon, ce qui a conduit les autorités sanitaires à
en interdire momentanément la commercialisation.
Une collaboration franco-américaine, associant deux laboratoires
mixtes CNRS/Université à Marseille, un laboratoire propre
du CNRS et un laboratoire CEA à Gif/Yvette, ainsi qu'un laboratoire
américain de l'Université de Californie, a étudié
comment deux types de phycotoxines, un spirolide et une gymnodimine, opéraient.
Ce sont des neurotoxines « à action rapide » : leur
injection à des souris de laboratoire provoque des symptômes
neurologiques sévères, mortels en quelques minutes. Les
chercheurs sont parvenus à caractériser leur cible : ces
deux toxines s'attaquent à un récepteur essentiel pour les
êtres vivants, le récepteur nicotinique à l'acétylcholine
(3) (nRACh), un récepteur-canal situé sur la membrane de
la cellule musculaire ou bien nerveuse permettant le passage de petites
molécules ionisées entre l'intérieur et l'extérieur
de la cellule. Le nRACh joue un rôle primordial dans la transmission
neuromusculaire et neuronale. Plus précisément, ces toxines
agissent en bloquant rapidement et de manière quasi-irréversible
la fonction récepteur-canal des nRAChs. Cette inhibition engendre
alors des dysfonctionnements musculaires et/ou cérébraux,
rappelant ceux observés dans certaines pathologies myopathiques
ou atteintes cognitives.
Allant plus loin, les scientifiques ont caractérisé le mode
de fixation des deux phycotoxines au récepteur. Résolues
par cristallographie aux rayons X, les structures 3D des complexes formés
entre les phycotoxines et le récepteur révèlent que
chaque toxine s'insère au cœur du site de fixation de l'acétylcholine,
le neurotransmetteur (4) naturel de ce récepteur. C'est une position
clé pour bloquer la fonction récepteur-canal des nRAChs.
Particulièrement intéressant (5), le mode de fixation de
ces toxines pourrait fournir de nouvelles idées pour développer
des agents thérapeutiques originaux agissant sur les nRAChs.
Ces résultats obtenus in vitro expliquent la neurotoxicité
de ces phycotoxines pour de nombreuses espèces animales. Mieux
comprendre leur mode d'action est un premier pas vers la mise au point
d'antidotes qui pourraient s'avérer une nécessité
sanitaire et économique. Ainsi, ces travaux permettent d'espérer
la conception de nouveaux tests fiables, sensibles, pratiques et peu coûteux,
pour déceler la présence des phycotoxines dans les coquillages
proposés aux consommateurs.
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© Yves Bourne et Pascale
Marchot / CNRS 2010
L'AChBP, la protéine utilisée comme modèle
de nRACh par les chercheurs, est formée de cinq sous-unités
identiques (ici de couleurs différentes). Celles-ci s'assemblent
en un anneau, vu du dessus (à gauche) et vu de coté
en regardant les sous-unités bleue et jaune (au milieu).
Le neurotransmetteur s'insère aux interfaces entre les sous-unités.
C'est aussi là que chaque phycotoxine, dont l'une est montrée
agrandie à droite, se fixe pour bloquer la fonction récepteur-canal
du nRACh. |
Notes :
(1) Trois unités du CNRS sont concernées : le
Centre de recherche en neurobiologie - neurophysiologie de Marseille (CNRS/Universités
Aix-Marseille 2 et 3), le laboratoire « Architecture et fonction
des macromolécules biologiques » (CNRS/Universités
Aix-Marseille 1 et 2) et le Laboratoire CNRS « Neurobiologie cellulaire
et moléculaire »
(2) iBiTecS, Service d'Ingénierie moléculaire des protéines,
Laboratoire de Toxicologie moléculaire, Direction des sciences
du vivant du CEA
(3) L'acétylcholine est le premier neurotransmetteur découvert.
Cette molécule joue un rôle important aussi bien dans le
système nerveux central où elle est impliquée dans
la mémoire et l'apprentissage, que dans le système nerveux
périphérique où elle contrôle le fonctionnement
des muscles.
(4) Ce sont des composés chimiques libérés par les
neurones et agissant sur d'autres neurones ou sur les muscles (ex : acétylcholine).
(5) Le mode de fixation de ces toxines est intéressant car il est
différent de celui d'autres effecteurs des nRAChs.
Références :
Structural determinants in phycotoxins and AChBP conferring
high affinity binding and nicotinic AChR antagonism. Yves Bourne, Zoran
Radic, Romulo Aráoz, Todd T. Talley, Evelyne Benoit, Denis Servent,
Palmer Taylor, Jordi Molgó, Pascale Marchot. Proc Natl Acad Sci
USA, En ligne sur le site de la revue PNAS au cours de la semaine du 8
mars 2010.
Contacts :
Chercheurs
Pascale Marchot
pascale.marchot@univmed.fr
Yves Bourne
yves.bourne@afmb.univ-mrs.fr
Presse CNRS
Priscilla Dacher
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

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