|
Janvier 2012 - Une seule anomalie à
l'origine des trois manifestations principales de la dyslexie
Des chercheurs de l'Inserm et du CNRS au sein de l'Unité 960 («
Laboratoire de neurosciences cognitives ») viennent de mettre en
évidence qu'une seule anomalie dans une région cérébrale
bien précise : le cortex auditif, pourrait être à
l'origine des trois manifestations principales de la dyslexie : réussir
à manipuler mentalement des sons de parole, difficultés
de mémorisation à court terme (capacité à
répéter une liste de mots par exemple), et un ralentissement
de la capacité de nommer rapidement des séries d'images.
Les résultats de ces travaux sont publiés dans la revue
Neuron datée du 21 décembre.
Si la compréhension du message écrit est le but
de l'apprentissage de la lecture, l'identification des mots est indispensable
à cette compréhension. La dyslexie se manifeste chez un
enfant, après le début de l'apprentissage de la lecture,
par l'absence de maîtrise des correspondances entre les graphèmes
(lettres ou groupes de lettres) et les phonèmes (sons de la parole).
La persistance du trouble caractérise la dyslexie(1) .
Une anomalie du développement d'aires cérébrales
normalement impliquées dans la représentation et le traitement
des sons de la parole (la phonologie) est la plus fréquemment rencontrée
et constitue l'hypothèse majoritairement admise pour la dyslexie.
L'activité cérébrale de 44 participants adultes,
dont 23 dyslexiques, a été enregistrée grâce
à la magnétoencéphalographie (MEG) en réponse
à un bruit modulé en amplitude à un rythme variant
linéairement de 10 à 80 Hz.
Un tel son engendre une réponse corticale auditive dont la fréquence
est calée sur le rythme du son, mais cette réponse est plus
forte à la fréquence à laquelle le cortex tend à
osciller spontanément. Après une reconstruction de source
du signal MEG, une analyse temps-fréquence des réponses
corticales auditives a été réalisée afin de
comparer les profils de réponse dans cortex auditifs droit et gauche,
et entre les participants dyslexiques et non dyslexiques (contrôles).
Les chercheurs ont montré chez les dyslexiques une sensibilité
réduite du cortex auditif gauche aux sons modulés autour
de 30 Hz. La réponse corticale à ces fréquences serait
nécessaire au découpage de la parole en unités linguistiques
pouvant être associées aux graphèmes. En effet, le
défaut de sensibilité aux fréquences de modulation
situées autour de 30 Hz corrèle avec les difficultés
de traitement phonologique et la dénomination rapide d'images.
Les dyslexiques montrent en revanche une réponse corticale accrue
aux modulations d'amplitude des sons situées au-delà de
40 Hz. Cette particularité est associée à un déficit
de mémoire phonologique. Ces données suggèrent qu'une
seule anomalie de résonance du cortex auditif avec la parole serait
à l'origine des trois facettes principales de la dyslexie.
Notes :
(1) Source : dossier de presse expertise collective «
Dyslexie, dysorthographie et dyscalculie »
Références :
Altered low-gamma sampling in auditory cortex accounts for the
three main facets of dyslexia. Neuron,21 Décembre 2011
Katia Lehongre(1), Franck Ramus(2), Nadège Villiermet(2), Denis
Schwartz(3), Anne-Lise Giraud(1)
(1)Inserm U960 - Ecole Normale Supérieure, 75005 Paris, France
(2)LSCP UMR 8554, CNRS, EHESS, Ecole Normale Supérieure, 75005
Paris, France
(3)CRICM, CNRS UMR 7225, Inserm UMR-S 975, 75013 Paris, France
Contacts :
Chercheur :
Anne Lise Giraud l Unité Inserm 960 « laboratoire
de neurosciences cognitives » l Tel: 01 44 32 29 54 l anne-lise.giraud@ens.fr
Presse :
Inserm l presse@inserm.fr
CNRS l Tél 01 44 96 51 51 l presse@cnrs-dir.fr

|