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Janvier 2010 - Comment les fards égyptiens au plomb soignaient
les maladies de l'oeil ?
Il y 4 000 ans, les anciens Egyptiens utilisaient le plomb afin de concevoir
des fards dotés de vertus médicales. Pour mieux comprendre
cet usage, des chimistes du CNRS, de l'UPMC et de l'ENS Paris (1), en
collaboration avec le C2RMF (2), ont tenté d'évaluer l'impact
de très faibles quantités de plomb sur une cellule de la
peau. Résultat : à très faibles doses, le plomb ne
tue pas la cellule. Il induit la production d'une molécule, le
monoxyde d'azote, connue pour activer le système immunitaire. Appliquer
des fards à base de plomb peut donc déclencher un mécanisme
de défense qui, en cas d'infection oculaire, limite la prolifération
des bactéries. Ce phénomène explique en partie pourquoi
les fards égyptiens avaient un rôle thérapeutique.
Cette étude vient d'être publiée en ligne dans la
revue Analytical Chemistry.
De précédentes recherches ont révélé
la nature complexe des produits cosmétiques employés par
les Egyptiens, il y a 4 000 ans (3). Le plus souvent à base de
plomb, les fards égyptiens étaient constitués de
mélanges de galène (un sulfure de plomb) noire et de substances
blanches, naturelles ou bien synthétisées à partir
notamment de sels de plomb. Dans leurs écrits, les médecins
grecs et romains soulignent le rôle capital de ces substances pour
le soin des yeux. À l'heure où le plomb est davantage connu
pour sa toxicité potentielle, cet usage surprend.
Quelle fonction jouent les sels de plomb ? Pour répondre à
cette question, les chercheurs se sont intéressés à
la laurionite, un chlorure de plomb qui figure parmi les sels synthétisés
par les anciens Egyptiens, et à son action sur une cellule isolée
de la peau. La laurionite peut déclencher la présence d'ions
plomb Pb2+ dans l'œil ou bien sur la peau, à des concentrations
infinitésimales (sub-micromolaires). Son activité sur les
cellules de l'épiderme (kératinocytes) a pu être étudiée
grâce à un outil électrochimique moderne : les ultramicroélectrodes.
Ce dispositif miniature s'avère remarquable pour analyser des signaux
très faibles produits par une cellule unique. Après avoir
déposé de très faibles quantités de solution
de laurionite (4) sur le kératinocyte, les scientifiques ont observé
la surproduction de quelques dizaines de milliers de molécules
de monoxyde d'azote NO°. Ce radical (5) intervient comme messager
du système immunitaire, jouant un rôle primordial dans la
régulation de la pression sanguine. Il stimule l'arrivée
des macrophages, des cellules possédant la particularité
d'ingérer les bactéries, et favorise leur passage à
travers la paroi des capillaires et des vaisseaux sanguins.
Conclusion : un Egyptien à l'œil maquillé de fard noir
voyait son liquide lacrymal enrichi en ions Pb2+ suite à une faible
dissolution du fard, ce qui devait stimuler la production de macrophages.
Ceux-ci constituent un environnement redoutable pour toute bactérie
qui y serait projetée accidentellement. Voilà qui expliquerait
les propriétés médicales des fards conçus
par les anciens Egyptiens. On comprend mieux pourquoi ces derniers les
considéraient comme des émanations des yeux des dieux Horus
et Ra qui les protégeaient.
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© C2RMF, D. Vigears
Détail d'une peinture à l'intérieur du sarcophage
de Tanethereret (Musée du Louvre). |
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© Laboratoire “Processus
d'Activation Sélective par Transfert d'Energie Uni-électronique
ou Radiatif“ (UPMC / CNRS / ENS Paris)
Schéma du dispositif expérimental avec une ultramicroélectrode |
Téléchargez
les visuels (merci de respecter légende et copyright).
Notes :
(1) Cette équipe de chercheurs est pilotée par
Christian Amatore, chercheur CNRS au laboratoire « Processus d'Activation
Sélective par Transfert d'Energie Uni-électronique ou Radiatif
» (UPMC / CNRS / ENS Paris).
(2) Centre de recherche et de restauration des musées de France
(CNRS / ministère de la Culture et de la Communication)
(3) La formulation des fards égyptiens a été décrite
dans : Ph. Walter et al., Making make-up in Ancient Egypt. Nature, 397,
483-484 (1999).
(4) jusqu'à 0,2 µmol, simulant une solubilisation très
faible des sels de plomb
(5) Se dit de toute molécule portant un électron célibataire.
Références :
Finding out Egyptian Gods' secret using analytical chemistry
: biomedical properties of Egyptian black makeup revealed by amperometry
at single cells. Issa Tapsoda, Stéphane Arbault, Philippe Walter,
Christian Amatore. Analytical Chemistry. 15 janvier 2010.
Contacts :
Chercheurs CNRS
Philippe Walter
T 01 40 20 59 89
philippe.walter@culture.gouv.fr
Christian Amatore
T 01 44 32 33 88
christian.amatore@ens.fr
Presse CNRS
Priscilla Dacher
T 01 44 96 46 06
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

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