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Mai 2007 - L’impact des caroténoïdes dans le vieillissement
cérébral des personnes âgées
L’alimentation occupe une place de plus en plus importante
dans la recherche des facteurs impliqués dans la diminution des
fonctions cognitives chez les personnes âgées. N. Tasnime
Akbaraly et l’équipe de l’Unité Inserm 888 «
Pathologies du système nerveux : recherche épidémiologique
et clinique » à Montpellier se sont intéressées
notamment aux composés caroténoïdes, apportés
par les fruits et légumes. En analysant les données de l’étude
épidémiologique EVA (« Epidémiologie du Vieillissement
Artériel »), les chercheurs de l’Inserm ont montré
que le vieillissement cérébral était lié à
des taux plasmatiques faibles de certains caroténoïdes : le
lycopène et la zéaxanthine. Publiés dans le numéro
de mars du Journal of Gerontology, ces résultats novateurs renforcent
l’intérêt de la recherche sur les composés antioxydants
et leurs bienfaits.
Les performances cognitives diminuent naturellement avec l’âge.
Le stress oxydatif du cerveau (voir encadré) est une des hypothèses
avancées pour expliquer ce vieillissement cérébral.
Plusieurs études ont déjà suggéré que
les composés antioxydants pouvaient prévenir le déclin
des fonctions cognitives.
Afin d’explorer ce domaine prometteur, l’étude épidémiologique
EVA a été lancée en 1991. Pendant 9 ans, ont été
suivis 1 389 volontaires âgés de 60 à 70 ans (574
hommes et 815 femmes). L’évaluation du fonctionnement cognitif
et différents examens de santé (prélèvement
sanguin, recueil des traitements médicaux, etc.) ont été
effectués tous les deux ans, permettant de suivre conjointement
l’évolution des paramètres cognitifs et biologiques
de ces personnes.
Les performances cognitives liées aux
antioxydants
En analysant les données fournies par l’étude EVA,
les chercheurs de l’Unité Inserm 888 avaient déjà
montré, dans une étude parue en janvier 2007 dans la revue
Epidemiology, que le déclin des performances cognitives des personnes
âgées était significativement lié à
une diminution du taux de sélénium dans le sang. Le sélénium
est un oligoélément apporté essentiellement par la
consommation de poissons, de fruits de mer et de viande.
Stress oxydatif et antioxydants
Les réactions d’oxydoréduction participent au bon
fonctionnement des cellules de l’organisme. Si ces réactions
chimiques sont nécessaires à la vie, elles sont aussi destructrices.
Elles produisent des« radicaux libres » qui peuvent endommager
les cellules et participer à leur vieillissement, c’est le«
stress oxydatif ».
Apportés par les aliments, les composés antioxydants (certains
sels minéraux, certaines vitamines, certains pigments, les flavonoïdes)
sont connus pour neutraliser ces radicaux libres et protéger les
cellules.
Les résultats publiés dans le Journal of Gerontology du
mois de mars 2007 montrent uneévolution identique avec certains
composés caroténoïdes : le lycopène et la zéaxanthine.
En effet, l’étude montre que des niveaux faibles de lycopène
et de zéaxanthine sont associés à de moindres performances
cognitives dans la cohorte EVA. La zéaxanthine est apportée
essentiellement par la consommation de légumes et de fruits verts,
et le lycopène par le pamplemousse, la pastèque et les aliments
à base de tomates (jus, sauce, concentré, etc.).
Les chercheurs suggèrent que la diminution des taux plasmatiques
de ces composés antioxydants favoriserait le stress oxydatif du
cerveau et donc la dégradation des cellules nerveuses, entraînant
ainsi le déclin des fonctions cognitives. Néanmoins, les
mécanismes biologiques impliqués restent encore à
élucider.
Si cette étude met en évidence le lien existant entre ces
caroténoïdes et le vieillissement cérébral,
il reste à découvrir dans quelle mesure des apports en lycopène
et en zéaxanthine pourraient prévenir la démence
chez les personnes âgées. Le rôle de ces caroténoïdes,
en tant que facteurs protecteurs du vieillissement cérébral,
doit être confirmé par des études épidémiologiques
longitudinales menées sur d’autres populations et au final
par des études d'intervention randomisées.
Un enjeu de santé publique
Ces résultats renforcent l’intérêt de déterminer
un statut optimal en lycopène et en zéaxanthine dans l’organisme,
permettant le maintien des fonctions cognitives chez les personnes âgées.
Les recherches dans ce domaine permettent aussi de mieux comprendre les
relations entre les apports alimentaires et le statut nutritionnel biologique.
A terme, la détermination des facteurs nutritionnels intervenant
dans le vieillissement cérébral permettrait la mise en place
d’actions de santé publique visant à modifier les
habitudes ou les comportements alimentaires dans la population âgée
à risque de démence.
Sources
“Plasma Carotenoid Levels and Cognitive Performance in
an Elderly Population : Results of the EVA Study”
N.Tasnime Akbaraly1, Henri Faure4, Véronique Gourlet3, Alain Favier4,
Claudine Berr1.
Journal of Gerontology : Medical Sciences, mars 2007 ; 62 : 308-316.
“Plasma selenium over time and cognitive decline in the elderly:
Results of the EVA Study”
N.Tasnime Akbaraly 1, Isabelle Hininger-Favier 2, Isabelle Carrière1,
Josiane Arnaud 2,4, Véronique Gourlet 3, Anne-Marie Roussel2, Claudine
Berr1.
Epidemiology, janvier 2007 ; 18 : 52-8.
1 Unité Inserm 888 « Pathologies
du système nerveux : recherche épidémiologique et
clinique », Hôpital La Colombière, 34093 Montpellier
; Université Montpellier 1, Montpellier, France.
2 NVMC, UFR de Pharmacie, Université J. Fourrier, 38000 Grenoble,
France
3 Unité Inserm 708 « Neuroépidémiologie »,
CHU Pitié Salpétrière, 75651 Paris, France ; Université
Pierre et Marie Curie Paris 6, 75005 Paris, France.
4 Département de Biologie intégrée, CHU de Grenoble,
38000 Grenoble, France
Contacts chercheurs
Claudine Berr
Unité Inserm 888 - Hôpital La Colombière
Tél. : 04 99 61 45 66
E-mail : berr@montp.inserm.fr
N. Tasnime Akbaraly
Unité Inserm 888 / MRC Human Nutrition Research (Cambridge)
E-mail : akbaraly@montp.inserm.fr

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