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Avril 2007 - Des yeux…pas seulement pour voir
La détection de la lumière par l’oeil est utilisée
pour deux tâches distinctes : la perception visuelle des images,
des couleurs et du mouvement et la perception « nonvisuelle».
Moins connue et surtout moins bien comprise que la vision consciente,
la photoréception non-visuelle contrôle diverses fonctions
allant de la synchronisation par la lumière de l’horloge
biologique, le cycle veille-sommeil, la suppression de la mélatonine
ou la constriction de la pupille. Jusqu’à récemment,
les photorécepteurs de type cônes et bâtonnets étaient
supposés être les seules cellules de la rétine capables
de détecter la lumière de notre environnement. Depuis 2000,
les chercheurs ont découvert un nouveau photopigment rétinien
appelé mélanopsine, proche des mélanophores photosensibles
de la peau de la grenouille. La mélanopsine est exclusivement dédiée
à la photoréception non-visuelle. Depuis, plusieurs laboratoires
en Europe et aux Etats-Unis tentent d’élucider le rôle
de chacun de ces photorécepteurs dans la détection non-visuelle
de la lumière. Les travaux d’Ouria Dkhissi-Benyahya, du département
de Chronobiologie (resp. Howard Cooper, Unité Inserm 846 «
Institut Cellules Souches et Cerveau ») à Lyon-Bron viennent
de résoudre cette énigme dans un article publié dans
Neuron, daté de mars.
En étudiant les réponses à la lumière des
souris transgéniques dépourvues de cônes ou de mélanopsine,
les travaux des chercheurs de l’Inserm ont permis de comprendre
que chaque photorécepteur contribue à la photodétection
non-visuelle selon ses propres caractéristiques.
Les chercheurs ont exploré l’idée d’une complémentarité
fonctionnelle de ces photorécepteurs, en se basant sur l’observation
qu’une souris dépourvue d’un des photorécepteurs
présente une défaillance de la vision, sans abolition de
sa capacité à détecter la lumière et à
synchroniser son horloge biologique.,.Par exemple, une souris dépourvue
de cônes et de bâtonnets montre une cécité perceptive
mais conserve une capacité presque intacte de synchronisation de
ses rythmes biologiques par la lumière, alors que chez une souris
sans mélanopsine, le phénomène inverse est observé
: la vision est intacte alors que les fonctions non-visuelles sont altérées.
L’absence de ces trois photorécepteurs conduit à l’incapacité
totale de l’animal à détecter toute lumière
de son environnement.
L’analyse de l’expression des ARN messagers des photopigments
et l’entraînement du rythme d’activité par la
lumière a permis aux chercheurs de noter que la nature de l’altération
comportementale varie selon le type de photorécepteur manquant.
En effet, chaque photopigment exprime une sensibilité propre à
la lumière selon la couleur (spectre lumineux), l’intensité
et la durée de l’exposition lumineuse. Par exemple, les bâtonnets,
sensibles à de faibles niveaux de lumière (la nuit), cessent
de fonctionner dès que l’intensité de la lumière
augmente (le jour) et ce sont alors les cônes qui prennent la relève.
Ces derniers sont sensibles soit à la lumière verte ou ultraviolette
chez la souris La mélanopsine, quant à elle, ne rentre en
jeu que pour des niveaux de lumière encore plus élevés
et nécessite une exposition lumineuse longue (plusieurs minutes).
A partir de ces données, les chercheurs ont conçu un modèle,
afin d’expliquer la photoréception non-visuelle, dans lequel
chaque photorécepteur opère de façon complémentaire
et selon son domaine spécifique de réponse.
La lumière environnementale qui change de l’aube jusqu’au
crépuscule génère ainsi un signal photique envoyé
à l’horloge biologique qui sera successivement dominé
par l’un ou l’autre des photorécepteurs selon l’intensité
et la couleur du spectre de la lumière. Cette perception non-visuelle
s’adapte donc en permanence de la même façon que notre
vision perçoit les couleurs multiples d’une palette de peintre.
Cette étude ajoute donc une dimension supplémentaire à
cet axe de recherche permettant de comprendre l’origine de certains
désordres chronobiologiques.
Source
“Modeling the Role of Mid-Wavelength Cones in Circadian
Responses to Light”
Ouria Dkhissi-Benyahya, Claude Gronfier, Wena De Vanssay, Frederic Flamant,
and Howard M. Cooper
Unité Inserm,846, Stem Cell and Brain Research Institute, Department
of Chronobiology, F-69500, Bron, France
Neuron 53, 677–687, March 1, 2007
Contact chercheur
Ouria Dkhissi-Benyahya
Howard Cooper
Unité Inserm 846 « Institut Cellules Souches et Cerveau »
Tel : 04 72 91 34 69
Mels : benyahya@lyon.inserm.fr
cooper@lyon.inserm.fr
Au sein de la nouvelle unité de recherche Inserm 846 « Institut
Cellules Souches et Cerveau », le Département de Chronobiologie
dirigé par Howard M Cooper (Directeur de recherches à l’Inserm)
en collaboration avec la clinique d’ophtalmologie (Hôpital
E Herriot, Lyon) essaie de déterminer les conséquences du
glaucome, une maladie oculaire provoquant une dégénérescence
des cellules ganglionnaires de la rétine, y compris celles à
mélanopsine. Un autre axe de recherche explore l’altération
de la perception liée à l’opacification du cristallin
(la cataracte) chez les personnes âgées.
Ce brunissement du cristallin agit comme un filtre qui atténue
en particulier la lumière du spectre bleu, région où
la mélanopsine est particulièrement sensible…L’ensemble
de ces recherches chez l’homme sont réalisées dans
la Plate-forme de Recherche en Chronobiologie (responsable Claude Gronfier,
http://www.lyon.inserm.fr/371/Plateforme_Chronobiologie.pdf),
affilié à un réseau européen« Affiliated
Centres for Human Chronobiology » et soutenue par le projet Européen
FP6« EUCLOCK » (http://www.euclock.org/).
Ces travaux sont suivis de près par des industriels qui développent
des stratégies d’illumination de nos maisons et des espaces
publics afin de contrôler la couleur et l’intensité
de la lumière au cours de la journée pour optimiser notre
photoréception visuelle et non-visuelle.

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