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Février 2010 - Une grande avancée
pour la recherche sur les pathologies des petites artères cérébrales
En 2010, la maladie appelée CADASIL (1) figure au 1er
rang des causes de démence vasculaire héréditaire.
Pourtant les mécanismes d’action de cette pathologie des
petites artères cérébrales restent très peu
connus. En cause, l’absence d’un bon modèle animal
permettant de les étudier. Une collaboration franco-allemande a
justement permis de pallier ce manque en obtenant un modèle de
souris transgéniques qui développent les mêmes lésions
que celles relatives à la maladie CADASIL. Anne Joutel et son équipe
de l’unité Inserm 740 "Génétique des maladies
vasculaires" viennent de publier leurs travaux dans le Journal of
Clinical Investigation du 1er février 2010.
Les maladies des petites artères cérébrales
sont responsables de lésions de la substance blanche du cerveau
et d’infarctus cérébraux profonds multiples. Elles
sont à l’origine de 20% des accidents vasculaires cérébraux
et constituent la deuxième cause de démence après
la démence d’Alzheimer. La maladie CADASIL est une forme
héréditaire de ce type de pathologies, caractérisée
par la présence de dépôts vasculaires spécifiques
(appelés GOM pour Granular Osmiophilic Material) et la dégénérescence
progressive des cellules musculaires lisses qui constituent la paroi des
artères. "Cette maladie est considérée comme
une maladie rare, 500 familles répertoriées dans le monde,
mais il semblerait que sa prévalence soit très largement
sous-estimée" explique Anne Joutel, chercheuse de l’unité
Inserm 740 "Génétique des maladies vasculaires".
Les premiers symptômes cliniques de la maladie apparaissent vers
l’âge de 40-45 ans, mais, l’imagerie par résonnance
magnétique (IRM) du cerveau détecte dès l’âge
de 30 ans des lésions de la substance blanche. Son évolution
conduit à un état grabataire et au décès du
patient vers l’âge de 60-65 ans.
Bien que ces affections des petites artères cérébrales
soient fréquentes, les mécanismes exacts mis en jeu sont
très mal connus en raison, surtout, de l’absence d’un
bon modèle animal chez lequel la chronologie précise des
lésions pourrait être étudiée. De ce fait,
aucun traitement spécifique n’existe à ce jour. Après
plusieurs tentatives infructueuses, Anne Joutel et ses collaborateurs
ont obtenu un modèle de souris génétiquement modifiées
qui développent avec l’âge des lésions cérébrales
similaires à celles qui sont observées chez les patients
souffrant de la maladie CADASIL.
Il y a quelques années, des études ont révélé
que la maladie CADASIL était causée par des mutations dans
le gène Notch3. Une partie de la protéine Notch3, qui résulte
de ce gène muté, s’accumule anormalement dans les
cellules musculaires lisses des vaisseaux et dans les péricytes
(cellules qui possèdent de longs prolongements cytoplasmiques et
qui ont la capacité de réguler le débit sanguin des
vaisseaux qu'elles entourent) des capillaires.
Grâce à leur nouveau modèle in vivo, les chercheurs
ont pu observer chez les souris transgéniques exprimant la protéine
Notch3 mutée, dès l’âge de 5 mois, les lésions
vasculaires caractéristiques de la maladie, à savoir l’accumulation
anormale de la protéine Notch3 et des GOM. Ces souris développent
à partir de l’âge de 12 mois des lésions de
la substance blanche cérébrale associées à
une réduction de la perfusion cérébrale telles qu’on
peut les observer chez les patients souffrant de la CADASIL. A l’aide
d’analyses immunohistologiques et fonctionnelles des vaisseaux cérébraux,
les scientifiques ont montré que les lésions du cerveau
dans la CADASIL résultent non pas d’une destruction des cellules
musculaires lisses des artères cérébrales, mais de
la combinaison d’un dysfonctionnement des artères et d’une
réduction de la microcirculation au niveau de la substance blanche
cérébrale.
Ce nouveau modèle murin offre des perspectives multiples et très
importantes pour la maladie CADASIL et, plus largement, pour les démences
vasculaires. Il constitue un outil de choix pour approfondir la compréhension
des mécanismes de survenue des lésions cérébrales
dans les maladies des petites artères cérébrales
et tester des thérapeutiques visant à prévenir ou
ralentir leur apparition.
(1) CADASIL : cerebral autosomal dominant arteriopathy
with subcortical infarcts and leukoencephalopathy
Source
Cerebrovascular dysfunction and microcirculation rarefaction
precede white matter lesions in a mouse genetic model of cerebral ischemic
small vessel disease
Accès
à l'article original sur The Journal of Clinical Investigation,
1er février 2010
Interview
de A. joutel et video sur Inserm-Actualité
Contact chercheur
Anne Joutel
Unité Inserm 740 "Génétique des maladies vasculaires"
(tél. : 01 44 89 77 50)
Contact presse
Amélie Lorec
(tél. : 01 44 23 60 73)

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