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Février 2010 - Le système
endocannabinoïde peut influencer la prise alimentaire de façon
opposée
Deux équipes de recherche de l’Unité Inserm
862 NeuroCentre Magendie (Université Bordeaux 2) coordonnées
par Giovanni Marsicano et Pier Vincenzo Piazza viennent de montrer que
l’invalidation de seulement une minorité des récepteurs
cannabinoïdes de type 1 (CB1), ceux présents sur la membrane
des neurones excitateurs, réduit la prise alimentaire chez des
souris soumises à un jeûne d’une journée. En
revanche, et de manière surprenante, la délétion
de la fraction très importante des récepteurs CB1 situés
sur les neurones inhibiteurs a un effet opposé : elle provoque
une augmentation de la prise alimentaire. Ces résultats, publiés
dans la revue Nature Neuroscience online le 7 février, révèlent
deux fonctions inattendues et opposées de ces récepteurs
sur la régulation de la prise alimentaire chez le mammifère.
La feuille et la fleur de cannabis contiennent environ 60 composés
connus sous le nom de cannabinoïdes. Le plus biologiquement actif
d’entre eux est le THC (delta9 - tetrahydrocannabinol). Le THC agit
en mimant les substances endogènes [les endocannabinoïdes
anandamide et 2-arachidonoylglycerol] qui se lient aux récepteurs
spécifiques des cannabinoïdes présents sur la membrane
de certaines cellules de l’organisme en les inhibant dans les plus
grands nombres de cas. A ce jour, deux de ces récepteurs ont été
identifiés et caractérisés. Le récepteur CB1
est particulièrement abondant dans le cerveau alors que le récepteur
CB2 est principalement exprimé dans le système immunitaire
et dans des cancers de diverses origines. Les molécules freinant
l’activité du récepteur CB1, tel l’antagoniste
rimonabant (Acomplia®), se sont révélées efficaces
dans le traitement de l’obésité et du diabète
de type 2. Néanmoins, la survenue d’effets secondaires sur
l’humeur et l’anxiété a abouti au retrait de
cette molécule du marché et à l’arrêt
du développement d’autres antagonistes des récepteurs
CB1.
Dans le cerveau, les récepteurs CB1 sont exprimés de manière
abondante dans les neurones inhibiteurs, et à un moindre degré,
dans les neurones excitateurs. Dans cette étude, les chercheurs
ont eu recours à des outils génétiques qui leur ont
permis de montrer que la perte de la petite fraction des récepteurs
CB1 situés sur les neurones excitateurs réduit la prise
alimentaire chez des souris soumises à un jeûne d’une
journée. En revanche, les chercheurs de l’équipe Inserm
de Bordeaux observent l’effet opposé lorsqu’ils ôtent
une fraction très importante des récepteurs CB1, ceux situés
sur les neurones inhibiteurs : la délétion provoque dans
ce cas une augmentation de la prise alimentaire.
De plus, des expériences complémentaires ont montré
que des doses plus faibles d’agents pharmacologiques interagissant
avec les récepteurs CB1 sont nécessaires pour activer les
récepteurs exprimés sur les neurones excitateurs par rapport
à ceux exprimés sur les neurones inhibiteurs.
"Les effets concomitants des antagonistes des récepteurs CB1
sur l’obésité d’un côté, et l’humeur
et l’anxiété de l’autre, pourraient être
liés à l’expression de ce récepteur dans de
nombreuses régions du cerveau et dans différentes populations
de neurones", expliquent les auteurs.
"Ces résultats suggèrent que des molécules capables
de cibler des récepteurs CB1 localisés sur des populations
neuronales spécifiques pourraient se révéler des
agents antiobésité plus efficaces et avec de moindres effets
secondaires, estime Giovanni Marsicano, chargé de recherche Inserm,
responsable de l’équipe Avenir Inserm "Endocannabinoïdes
et neuroadaptation" coauteur de ce travail. L’existence d’une
différence de sensibilité des récepteurs CB1 exprimée
par ces différentes populations neuronales devrait faciliter le
développement futur de nouvelles molécules plus spécifiques."
Source
"Bimodal Control of stimulated food intake by the endocannabinoid
system"
Accès
à l'article original dans Nature Neuroscience
Les auteurs ont contribué de façon équivalente à
ce travail.
Contacts chercheurs
Giovanni Marsicano
(tél. : 06 75 23 35 36)
Unité Inserm 862 "Physiopathologie de la plasticité
neuronale"
Equipe Avenir Inserm "Endocannabinoïdes et neuroadaptation"
Pier-Vincenzo Piazza
(tél. : 06 07 73 06 89)
Directeur de l’unité Inserm 862 "Physiopathologie de
la plasticité neuronale"

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