|
Juillet 2010 - Des Escherichia s'attaquent
aux chromosomes des cellules intestinales
INRA / Université Paul Sabatier - Toulouse
III / ENVT / Hôpitaux de Toulouse
Escherichia coli est une bactérie qui vit pacifiquement dans notre
tube digestif. Mais certaines de ces bactéries ont des effets délétères
sur les chromosomes des cellules intestinales, et pourraient être
impliquées dans la genèse du cancer du côlon. Une
équipe de recherche de l’INRA, associée à l’école
vétérinaire et au centre hospitalier universitaire de Toulouse,
a montré que certaines souches de E. coli produisent une substance
toxique pour l’ADN des cellules épithéliales du côlon.
Cette toxine provoque des mutations et altère le nombre et la structure
des chromosomes, conduisant à la transformation maligne des cellules.
Le détail de ces travaux est publié dans l’édition
en ligne avancée de la revue Proceedings of the National Academy
of Science du 7 juin 2010.
Certaines souches de Escherichia coli sont bien connues pour provoquer
la diarrhée (comme la « Turista »), des toxi-infections
alimentaires (le syndrome hémolytique-urémique causé
par les souches de sérotype O157:H7), et des infections urinaires
notamment chez la femme. Néanmoins, la grande majorité des
souches de E. coli colonisent pacifiquement le côlon de l’homme
et des animaux à sang chaud. E. coli est même une des premières
bactéries qui s’installe dans le tube digestif du nouveau-né.
Toutefois certaines de ces souches commensales de E. coli possèdent
dans leur génome une structure appelée îlot génomique
qui contient les gènes impliqués dans la biosynthèse
d’une génotoxine (toxine capable de s'attaquer aux gènes)
: la Colibactine.
Des E. coli génotoxiques dans le côlon
Dans leurs travaux présentés dans la revue Proceedings of
the National Academy of Science, les chercheurs de l’INRA, associés
à l’école vétérinaire et au centre hospitalier
universitaire de Toulouse, ont démontré que ces souches
de E. coli commensales produisent directement la Colibactine dans le côlon.
La toxine entraine des cassures double brin de l’ADN des cellules
épithéliales, comme des rayonnements ionisants. Ces lésions
de l’ADN, incorrectement réparées par les systèmes
de réparation cellulaires, entrainent l’accumulation d’anomalies
chromosomiques (aberrations de la structure et du nombre de chromosomes)
et des mutations. Ces phénomènes d’instabilité
chromosomique et de mutations géniques sont des causes de la transformation
maligne des cellules, et sont fondamentaux dans la genèse des cancers.
Bactéries de la flore intestinale et cancer
: un risque potentiel ?
Cette découverte pose une question de santé publique. Les
cassures double brin de l’ADN engendrées dans les cellules
du côlon sont des lésions dangereuses car elles entraînent
des évènements à la base des processus de transformation
maligne des cellules et de cancérisation. La présence de
ces bactéries génotoxiques dans la flore intestinale pourrait
donc représenter un facteur prédisposant au développement
du cancer du côlon. Ce cancer est un fléau avec 500 000 décès
chaque année dans le monde. Les travaux des chercheurs de l’INRA
invitent à explorer de nouvelles approches prophylactiques, pour
prévenir le portage de ces souches génotoxiques de E. coli.Ces
travaux ont été financés par l’Association
pour la Recherche sur le Cancer (ARC).
Références :
Escherichia coli induces DNA-damage in vivo and triggers genomic
instability in mammalian cells. PNAS.
Gabriel Cuevas-Ramos 1,2, Claude Petit 1,2, Ingrid Marcq 1,2, Michèle
Boury 1,2, Eric Oswald 1,2,3,4 & Jean-Philippe Nougayrède 1,2
1 UMR1225, INRA-ENVT Toulouse, France
2 Université de Toulouse, ENVT, Toulouse, France
3 Université Paul Sabatier, Faculté de Médecine,
Toulouse, France
4 CHU de Toulouse, Laboratoire de Bactériologie-Hygiène,
Toulouse, France
Contacts :
Jean-Philippe NOUGAYREDE
Tel. : 05 61 19 32 86
Mél. : jp.nougayrede@envt.fr
Eric OSWALD, (resp. d’équipe)
tél. : 05 61 19 39 91
Mél. : e.oswald@envt.fr
Equipe « pathogénie moléculaire et cellulaire des
infections à Escherichia coli »
Unité mixte de recherche UMR1225 « Interactions hôtes-agents
pathogènes » INRA-ENVT,
Département « Microbiologie et chaîne alimentaire »,
Centre INRA de Toulouse.

|