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Avril 2008 - La paléo-génomique
ou comment reconstruire l’histoire des génomes des céréales
sur 90 millions d’années pour l’amélioration
des variétés de demain
Les chercheurs de l’INRA ont modélisé l’évolution
des génomes de céréales (riz, blé, sorgho
et maïs) à partir d’un ancêtre commun à
5 chromosomes. Pour cela, ils ont étudié les duplications
du génome de blé et ont réalisé une analyse
comparée avec le génome du riz et d’autres céréales.
Le modèle, qui définit précisément les régions
chromosomiques du riz, du blé, du sorgho et du maïs portant
des gènes communs, permettra d’utiliser les connaissances
acquises sur les génomes de l’ensemble de ces espèces
pour améliorer chez le blé des caractéristiques agronomiques
aussi importantes que le rendement, la résistance aux stress…
Les céréales regroupent plus de 10 000 espèces et
constituent la famille botanique la plus importante pour l’agriculture
mondiale.
Les chercheurs de l’INRA ont identifié et analysé
7 duplications (copies) génomiques conservées entre les
génomes de blé et de riz, appelées paléo-duplications.
Ils ont identifié dans un premier temps 12 régions dupliquées
au sein du génome de blé en analysant les relations d’homologies
entre 6426 gènes cartographiés chez le blé. Parallèlement,
sur la base des 42654 gènes annotés à l’heure
actuelle chez le riz (génome totalement séquencé
et annoté depuis 2005), ils ont mis en évidence 29 duplications
chromosomiques au sein de ce génome. La comparaison des séquences
des gènes disponibles chez le blé et des gènes annotés
chez le riz leur a ensuite permis de caractériser finement 13 blocs
de synténie (blocs de conservation de l’ordre des gènes)
entre ces deux génomes. En intégrant les informations relatives
aux duplications identifiées chez le blé et le riz ainsi
que les blocs de synténie liant les deux génomes, ils ont
pu identifier et caractériser 7 événements de paléo-duplication
conservés entre les deux génomes.
Toutes les céréales sont issues
d’un ancêtre à 5 chromosomes
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Finalement, en poursuivant l’analyse
comparée avec les données disponibles chez le sorgho et
le maïs, les chercheurs ont construit un modèle évolutif
des génomes de céréales (riz, blé, sorgho
et maïs) à partir d’un ancêtre commun à
5 chromosomes.
Ce modèle permet de suivre le devenir des fragments chromosomiques
aboutissant à des nombres de chromosomes différents dans
les 4 espèces étudiées. Il propose pour la première
fois un génome ancêtre à 5 chromosomes (datant de
90 millions d’années) et un intermédiaire à
12 chromosomes, apparu il y a 60 millions d’années, dont
le riz reste le plus proche représentant.
Le transfert de connaissances d’une céréale
à une autre est facilité
La connaissance de la structure de l’ancêtre commun des génomes
de céréales et des relations entre certaines régions
chromosomiques des espèces cultivées permet aux chercheurs
d’identifier avec précision les régions au sein des
génomes du riz, du blé, du sorgho du et maïs qui portent
des gènes ayant une origine commune. Grâce à ce résultat,
les informations obtenues sur la fonction d’un gène chez
une de ces espèces (par exemple rôle dans la hauteur de la
plante, la vernalisation, etc…) devraient permettre d’interpréter
plus facilement sa fonction dans les autres espèces.
Ce modèle qui définit précisément les régions
chromosomiques du riz, du blé, du sorgho et du maïs qui portent
des gènes en commun est un outil pour améliorer chez le
blé des caractéristiques agronomiques aussi importantes
que le rendement, la résistance aux stress… Le séquençage
complet en cours des génomes du maïs, du sorgho et du brome
sera utilisé pour compléter et valider ce modèle
évolutif.
La polyploïdie a joué un rôle majeur dans l’évolution
des génomes des céréales
La polyploïdie (le doublement du contenu chromosomique) constitue
un mécanisme important de diversification et de génération
de variabilité génétique dans le cadre de l’adaptation
des plantes à leur environnement. La majorité des plantes,
y compris les plantes cultivées, sont des polyploïdes, soit
relativement récents (comme le colza, le blé, le cotonnier,
la pomme de terre, la luzerne), soit anciens, retenant encore des "vestiges"
d'événements de polyploïdisation plus anciens tels
que le riz et le maïs.
Les génomes des céréales ont subit différents
événements de polyploïdisation au cours de leur évolution,
dont certains remontent à leur ancêtre commun il y a plus
de 90 millions d’années. Les analyses de génomique
comparées dans cette famille permettent d’étudier
les mécanismes de fusions, translocations, duplications qui façonnent
l’évolution des espèces ainsi que leur impact sur
le fonctionnement des gènes et des génomes.
Références :
Salse J, Bolot S, Throude M, Jouffe V, Piegu B, Masood U, Calcagno
T, Cooke R, Delseny M, Feuillet C (2008) Identification and characterization
of conserved duplications between rice and wheat provide new insight into
grass genome evolution. Plant Cell. Published on January 4, 2008; 10.1105/tpc.107.056309
Salse J, Feuillet C (2007) Comparative genomics of cereals. Chapter 18
in Genomics-Assisted Crop Improvement ; published by Springer Verlag.
pp 177-205
Contacts :
Jérôme SALSE
tél. : 04 73 62 43 80
jerome.salse@clermont.inra.fr
Equipe Structure, fonction et évolution des génomes de blé
Unité mixte de recherche «Génétique, Diversité
et Ecophysiologie des Céréales» INRA-Université
Clermont II,
Département «Génétique et amélioration
des plantes »
Centre de Clermont-Ferrand-Theix.

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