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Avril 2008 - Nos gènes régulent
notre taux sanguin d’antioxydants issus de l’alimentation
Une équipe de chercheurs de l'INRA d’Avignon, l'Inserm et
des Universités d'Aix-Marseille I & II, a mis en évidence
le rôle de certains gènes dans la régulation de micronutriments
potentiellement bénéfiques pour la santé. Elle a
en effet montré chez l'homme que les taux sanguins de deux types
d'antioxydants issus de l'alimentation, la vitamine E et les caroténoïdes,
sont modulés par certains gènes. À apport alimentaire
égal, les taux sanguins de ces antioxydants diffèrent en
fonction des différentes formes de ces gènes portées
par les individus. Ce travail, représente un pas important dans
le domaine de recherche émergent de la nutrigénétique*.
On trouve, dans l’alimentation courante des habitants des pays occidentaux,
principalement deux formes naturelles de vitamine E (l’alpha et
le gamma-tocophérol) et six formes de caroténoïdes
(dont les plus connues sont l'alpha et le beta-carotène, le lycopène
et la lutéine). La vitamine E est un élément nutritif
essentiel à la santé humaine. Les caroténoïdes,
quant à eux, semblent jouer un rôle préventif dans
certaines maladies (cancers, maladies cardio-vasculaires...). Ainsi, selon
plusieurs études, la lutéine semble notamment prévenir
la dégénérescence maculaire liée à
l'âge et le lycopène aurait un effet préventif contre
le cancer de la prostate.
Les mécanismes de l'absorption et de la régulation des concentrations
sanguines de ces antioxydants chez l'homme sont encore peu connus. Ces
deux types micronutriments ont la particularité d'être solubles
dans les lipides (ou liposolubles), et transportés dans le sang
par des complexes formés de protéines et de lipides appelés
lipoprotéines. Les chercheurs ont supposé que le devenir
de ces micronutriments pourrait donc être lié aux gènes
impliqués dans le métabolisme des lipides, notamment ceux
intervenant dans leur transport, et dans le métabolisme des lipoprotéines.
Une étude récente avait déjà montré
un lien entre un gène impliqué dans le métabolisme
des lipoprotéines, apo E, et le taux de vitamine E dans le sang.
L'équipe de chercheurs de l'INRA d’Avignon, l'Inserm et des
Universités d'Aix-Marseille I et II, animée par Patrick
Borel (INRA), a étudié en détail 5 gènes du
métabolisme des lipides pour tenter d'identifier des liens avec
les taux sanguins d'antioxydants liposolubles.
Les chercheurs ont étudié une cohorte de 128 personnes (48
hommes et 80 femmes) observant le régime méditerranéen,
proche des recommandations nutritionnelles. Ils consommaient environ 11
mg/jour de vitamine E, les femmes ayant un apport réduit par rapport
aux hommes, et environ 4 mg/j d’alpha et de beta-carotène
(les recommandations pour ce dernier portant sur 2,1 mg/j).
Un lien entre les taux de vitamine E et de caroténoïdes dans
le sang et les variants des gènes étudiés
Après identification de variants des 5 gènes étudiés
chez chaque individu, les chercheurs ont pu établir des corrélations
avec les concentrations sanguines d'antioxydants. Les individus ont, avec
un apport alimentaire égal en ces micronutriments, des taux sanguins
de caroténoïdes et de vitamine E différents selon qu'ils
sont porteurs d'une forme ou d’une autre de ces gènes.
Les chercheurs confirment ainsi que les taux sanguins de vitamine E peuvent
être modulés par des variants du gène Apo E, et ils
identifient l'implication de deux autres gènes impliqués
dans le métabolisme des lipoprotéines (apo A-IV et apo B).
Enfin, ils démontrent pour la première fois qu'un autre
gène (SCARB1) joue un rôle dans la régulation du taux
sanguin de vitamine E et de caroténoïdes. Ce gène synthétise
une protéine (SR-BI) impliquée dans le métabolisme
des lipides et dans l’absorption intestinale de ces micronutriments.
Ces micronutriments étant probablement protecteurs vis-à-vis
d'un certain nombre de pathologies, cette protection a-t-elle la même
efficacité d'un individu à l'autre, pour des apports alimentaires
identiques ?
Ce travail représente un pas important dans le domaine de la nutrigénétique.
Il permet de mieux comprendre comment les gènes peuvent intervenir
sur les taux sanguins de micronutriments essentiels à la préservation
de la santé. Des études complémentaires sur d’autres
cohortes sont en cours (étude SU.VI.MAX2)et viendront compléter
ces données pour éclairer notre connaissance dans ce domaine
de recherche émergent.
* la nutrigénétique est l’étude
de la variabilité de réponse aux nutriments, d’un
individu à l’autre au sein d’une même espèce,
en fonction de la variabilité génétique individuelle.
Références :
Human Plasma Levels of Vitamin E and Carotenoids Are Associated
with Genetic Polymorphisms in Genes Involved in Lipid Metabolism
Journal of Nutrition décembre 2007 n°137: 2653-2659.
Patrick Borel1, Myriam Moussa1, Emmanuelle Reboul1, Bernard Lyan2, Catherine
Defoort1, Stéphanie Vincent-Baudry1, Matthieu Maillot1, Marguerite
Gastaldi1, Michel Darmon1, Henri Portugal1, Richard Planells1, et Denis
Lairon1
1 Unité mixte de recherche "Nutrition
humaine et lipides" INSERM/INRA/Université d'Aix-Marseille
I et II, Faculté de médecine de la Timone, Marseille.
2 Unité mixte de recherche "Nutrition humaine" INRA/Université
de Clermont I, Centre INRA de Clermont-Ferrand
http://jn.nutrition.org/cgi/content/abstract/137/12/2653
Contacts :
Patrick BOREL
tél. : 04 91 29 41 02
Patrick.Borel@univmed.fr
unité mixte de recherche « "Nutriments Lipidiques et
Prévention des Maladies Métaboliques"» INSERM/INRA/Universités
d'Aix-Marseille I et II,
département « Alimentation humaine»,
centre INRA d’Avignon.

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