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Février 2010 - Ecophyto R&D.
Quelles voies pour réduire l'usage des pesticides ?
L’étude Ecophyto R&D, menée à la demande
des Ministres en charge de l’agriculture et de l’environnement
et coordonnée par l’Inra, a été présentée
et mise en débat le 28 janvier 2010 dans les locaux du Conseil
économique, social et environnemental. Cette étude originale
propose un état des lieux sur l’utilisation des pesticides
en France métropolitaine, et sur les connaissances disponibles
concernant les effets agronomiques et économiques d’une réduction
de leur usage en agriculture. Elle permet d’identifier des premières
pistes d’actions pour engager la mise en œuvre des changements
avec l’objectif fixé par le gouvernement de réduire
en moyenne de 50% les quantités de pesticides utilisés,
si possible, d’ici 2018.
Une étude pour éclairer les acteurs
des filières agricoles et les politiques publiques
L’étude Ecophyto R&D est destinée à éclairer
les possibilités de réduction de l’utilisation de
pesticides, dans un contexte où des décisions fortes ont
été prises : au niveau national après le Grenelle
de l’environnement, et au niveau communautaire avec la directive
cadre « utilisation durable des pesticides » de 2009 qui prévoit
la mise en œuvre des principes de la lutte intégrée
à compter du 1er janvier 2014. Les ministres chargés de
l’agriculture et de l’environnement ont demandé à
l’INRA de faire le point sur (i) les connaissances relatives aux
performances agronomiques, économiques et environnementales de
systèmes de culture économes en pesticides, (ii) les effets
d’une généralisation de ces systèmes au niveau
national, et enfin (iii) des leviers permettant de favoriser la conception
et la diffusion de tels systèmes.
Une méthode de travail originale
Pour répondre à cette question, l’INRA a mobilisé
des données et connaissances d’origines variées, souvent
non publiées et parfois limitées aux seuls dires d'experts.
A cette fin, environ 80 chercheurs, ingénieurs, spécialistes
de « terrain » et techniciens agricoles ont travaillé
en groupes coordonnés par Pierre Stengel, alors directeur scientifique
à l’INRA. Cette étude a été accompagnée
d’un dialogue régulier avec les porteurs d’enjeux,
dans le cadre d’un comité d’orientation présidé
par une personnalité indépendante de l’INRA et des
commanditaires, Yves Le Bars.
L’estimation des effets agronomiques et économiques d’une
réduction de l’utilisation des pesticides
Les experts ont distingué cinq niveaux d’utilisation de pesticides,
correspondant à des stratégies différentes en termes
de protection phytosanitaire et d’objectifs de production. Ils ont
retenu comme indicateur de l’utilisation de pesticides l’Indice
de fréquence de traitement (IFT), calculé comme la somme
des doses appliquées à l’hectare rapportées
à chaque fois à la dose homologuée du pesticide employé.
Premier enseignement de l'étude: un grand contraste des situations
selon les cultures et les régions, sur plusieurs plans, notamment
en termes (i) d’usage des pesticides, (ii) d'existence et d'efficacité
de stratégies mobilisables pour réduire cette pression,
et enfin (iii) de données et connaissances exploitables pour évaluer
ces stratégies.
A partir des données agronomiques et économiques disponibles
et parfois reconstituées par les experts, et pour un contexte analogue
à celui de 2006, des modèles ont permis de simuler les effets,
en termes de production, marges et IFT, d’une généralisation
de certaines stratégies économes en pesticides ou d’une
combinaison, en grandes cultures, de plusieurs types de stratégies.
Dans les limites inhérentes à la méthode et aux données
utilisées, les travaux montrent qu’une réduction de
l’ordre de 30% du recours aux pesticides à l’échelle
nationale serait possible avec des changements de pratiques substantiels,
mais sans bouleversement majeur des systèmes de production, et
avec des effets sur les niveaux de production et les marges variables
selon les secteurs de production et les niveaux de prix. En grandes cultures,
qui représentent la majorité des surfaces et de l’utilisation
des pesticides, les marges seraient peu ou pas touchées dans le
contexte de prix de 2006, mais une baisse de production d’environ
6% serait observée.
Toutefois plusieurs aspects importants d’une réduction de
l’utilisation des pesticides n’ont pas pu être traités
par cette étude : effets de la variabilité temporelle des
conditions climatiques, sanitaires ou économiques, déterminants
du comportement des acteurs face aux risques et face au changement, effets
sur les filières au-delà de l’échelle de l’exploitation
agricole, effets indirects sur les marchés de matières premières
agricoles ou sur les populations de bio-agresseurs, lien entre changements
de pratiques et impact sanitaire et environnemental.
L’identification de leviers d’action
pour simultanément favoriser l’adoption de changements dès
maintenant et enrichir progressivement les données sur des systèmes
de culture nouveaux
L'étude permet d'identifier des leviers d'action pour favoriser
les changements de pratiques.
Pour deux secteurs de production (grandes cultures et viticulture), un
diagnostic des documents techniques diffusés et des besoins exprimés
par les acteurs du développement montre que les actions de diffusion
sur les changements de pratiques sont focalisées sur un nombre
limité de pratiques alternatives. Au-delà d’obstacles
particuliers perçus par les acteurs, tels que la disponibilité
de références techniques ou d’outils d’aide
à la décision adaptés, le changement paraît
freiné par l'interdépendance des stratégies des différents
acteurs, et appelle à une action coordonnée pour permettre
des changements en profondeur.
Pour remédier à la difficulté d’exploiter des
données expérimentales aujourd’hui dispersées
et disparates, l’étude propose un schéma pour un réseau
d’acquisition et de diffusion de références agronomiques
allant d’expérimentations innovantes à l’adoption
dans des fermes pilotes, et complété par un système
d’information permettant de coordonner et consolider l’acquisition
de connaissances, et d’en assurer la diffusion.
Des enseignements pour l’action publique
L’analyse proposée par cette étude sera à enrichir
et affiner, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances
et de l’appropriation des changements de pratiques par les acteurs.
Elle contribue d’ores et déjà à mobiliser de
nombreux acteurs autour d’une volonté partagée de
mutualisation des connaissances. Elle permet de nourrir un processus itératif
entre l’élaboration et la mise en œuvre des politiques
publiques, l’amélioration des connaissances et des outils,
et leur appropriation par les acteurs, en fonction des innovations disponibles
mais aussi du cadre socio-économique d’action.
Cette étude alimentera également les orientations futures
de la recherche agronomique, notamment dans le cadre de la concertation
lancée par l’INRA sur les orientations envisagées
pour son document d’orientation 2010-2014, qui incluent des propositions
pour une agro-écologie de la santé des plantes (www.inra2014.info)
>> Pour en savoir plus :
Consulter les documents de l'étude Ecophyto R&D :
- les principaux
résultats (8 pages)
- la synthèse
de l'étude (92 pages)
- le rapport complet
Pour une agriculture économe en pesticides :
http://www.inra.fr/les_recherches/pour_une
_agriculture_econome_en_pesticides
Visionner
les interventions du colloque Ecophyto R&D
Contacts scientifiques :
Pierre Stengel
Responsable de l'étude Ecophyto R&D
pierre.stengel@avignon.inra.fr
tél. : 04 32 72 22 30
Laurent Lapchin
Responsable adjoint de l'étude Ecophyto R&D
laurent.lapchin@paris.inra.fr
tél. : 01 42 75 92 43

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