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Mars 2010 - Nos bactéries intestinales
dévoilent leurs secrets génétiques
Un consortium international de chercheurs coordonné par l’INRA
de Jouy-en-Josas et auquel participe la Direction des sciences du vivant
du CEA (Génoscope, Institut de génomique, Evry) publie un
premier séquençage de l’ensemble des gènes
des bactéries hébergées par le tube digestif humain,
ou métagénome. Celui-ci comporte 150 fois plus de gènes
que le génome humain.
Les chercheurs montrent que seul un millier d’espèces bactériennes
sont habituellement présentes en grande quantité dans l’intestin
de l’homme, chaque individu en abritant au moins 170. De plus, contrairement
à ce qui était établi, cette étude approfondie,
démontre que la plupart des espèces sont semblables d’un
individu à l’autre. Ce métagénome est le premier
résultat obtenu par les chercheurs dans le cadre du projet européen
de caractérisation génétique de la flore intestinale
humaine (MetaHIT). La connaissance de ce métagénome ouvre
de nombreuses perspectives d'applications dans le domaine de la nutrition
et de la santé humaine. L’ensemble de ces résultats
est publié dans la revue NATURE datée du 4 mars 2010.
L’homme vit en association permanente avec les bactéries
présentes sur toutes les surfaces et dans toutes les cavités
de son corps, la majorité étant hébergées
par son tube digestif. Les cellules bactériennes qui nous accompagnent
sont au moins 10 fois plus nombreuses que nos propres cellules. Ces communautés,
dynamiques et complexes, influencent profondément notre physiologie,
notre nutrition, ainsi que notre immunité et son développement.
Par exemple, les bactéries ont des fonctions indispensables à
notre santé : elles synthétisent des vitamines, contribuent
à la dégradation de certains composés que nous serions
incapables d'assimiler sans leur aide. Elles jouent un grand rôle
dans les fonctions immunitaires en nous protégeant contre les bactéries
pathogènes et en « dialoguant » avec nos cellules épithéliales.
Des recherches ont montré des différences significatives
dans la composition du métagénome chez les personnes obèses
ou atteintes de maladies inflammatoires intestinales et les sujets sains,
d’où l’hypothèse que des déséquilibres
de la flore digestive peuvent contribuer au développement de maladies.
Cependant, contrairement au génome humain, le contenu génomique
de ces communautés bactériennes était jusqu’à
ce jour largement inconnu. Et pour cause : vivant sans oxygène,
à l'abri de nos intestins, dans un environnement difficile à
caractériser et à reproduire, la plupart des bactéries
ne peuvent pas être cultivées en laboratoire.
Grâce au projet européen MetaHIT*, qui permet de mettre en
commun les ressources et l’expertise requises par l’ampleur
des connaissances à analyser, les chercheurs ont caractérisé
les gènes de bactéries provenant de selles de 124 individus
d’origine européenne, et représentatifs des populations
nordiques et méditerranéennes. Dans ce but, une méthode
de séquençage d’ADN de nouvelle génération,
à très haut débit, à été mise
en œuvre, permettant d’analyser la totalité de l’ADN
extrait des selles et d'accéder ainsi aux espèces bactériennes
qui ne peuvent pas être cultivées. Deux cent fois plus de
données de séquences d’ADN que dans toute autre étude
du métagénome intestinal humain ont été produites
et analysées.
85% des gènes bactériens portés par la population
humaine étudiée ont ainsi été séquencés
; ils représentent environ 3,3 millions de gènes bactériens.
Ce métagénome est donc 150 fois plus important que le génome
humain. Il est relativement complet, incluant la très grande majorité
des gènes détectés précédemment par
des études de moindre ampleur chez 13 individus d’origine
japonaise et 18 d’origine américaine. Sur la totalité
des gènes séquencés, 536 000 sont retrouvés
chez chaque individu. Environ 40 % de ces gènes sont présents
chez au moins un individu sur deux.
L’analyse plus fine du métagénome a permis de déduire
que les gènes séquencés proviennent d'un millier
d'espèces bactériennes intestinales. Ces bactéries
sont habituellement présentes chez l’homme à des taux
importants, même si la plupart ne sont pas encore caractérisées.
Au moins 170 de ces espèces sont abritées par chaque individu
et au moins 75 sont présentes chez plus d’un individu sur
deux.
L’ensemble de ces résultats démontrent que les hommes
sont relativement semblables du point de vue de la composition de leur
flore bactérienne intestinale. Les précédentes études
réalisées sur le sujet n’avaient pas pu mettre en
évidence cette caractéristique car elles disposaient de
moyens techniques qui ne permettaient de caractériser que les espèces
les plus abondantes.
De plus, cette analyse a permis de révéler la quasi-totalité
des quelques 19 000 fonctions différentes codées par le
métagénome intestinal humain. Seulement 6000 d’entre
elles sont présentes chez chaque individu, et constituent le métagénome
intestinal humain minimal requis pour le fonctionnement de l’écosystème
intestinal. Elles englobent les fonctions nécessaires à
la synthèse de vitamines et des acides aminés indispensables
à l’homme ou à la dégradation des sucres complexes
importants pour notre alimentation. Environ 1200 fonctions sont très
fréquentes et constituent le génome minimal, permettant
aux bactéries intestinales de prospérer dans l’intestin.
La partie principale du métagénome intestinal humain a donc
été décryptée. Au delà de cette description,
l’étude ouvre la voie à la recherche des différences
dans la composition bactérienne des flores intestinales entre les
individus sains et malades. La mise en évidence de ces différences
contribuera au développement des outils de diagnostic précoce.
A plus long terme, ces recherches devraient permettre la mise en œuvre
de moyens de prévention et un meilleur traitement des maladies
dans lesquelles les microorganismes intestinaux jouent un rôle.
Le projet européen MetaHIT
L'objectif du projet européen MetaHIT (METAgenomics of the Human
Intestinal Tract ; http://www.metahit.eu/)
lancé en avril 2008 et coordonné par l’INRA de Jouy-en-Josas
est de caractériser les gènes et les fonctions bactériennes
de la flore intestinale et d'étudier les effets de ces gènes
en termes d'alimentation et de santé. Pour cela, il regroupe les
efforts de neuf organismes de recherche européens parmi les plus
compétents, quatre industriels de l'agroalimentaire et de la pharmacie
et un institut chinois. Il est financé sur une durée de
4 ans par la Commission Européenne dans le 7ème programme
cadre.
Référence
A human gut microbial gene catalog established by metagenomic
sequencing
Junjie Qin, Ruiqiang Li, Jeroen Raes, Manimozhiyan Arumugam, Kristoffer
Solvsten Burgdorf, Chaysavanh Manichanh, Trine Nielsen, Nicolas Pons,
Florence Levenez, Takuji Yamada, Daniel R. Mende, Junhua Li, Junming Xu,
Shaochuan Li, Dongfang Li, Jianjun Cao, Bo Wang, Huiqing Liang, Huisong
Zheng, Yinlong Xie, Julien Tap, Patricia Lepage, Marcelo Bertalan, Jean-Michel
Batto, Torben Hansen, Denis Le Paslier, Allan Linneberg, H. Bjørn
Nielsen, Eric Pelletier, Pierre Renault, Thomas Sicheritz-Ponten, Keith
Turner, Hongmei Zhu, Chang Yu, Shengting Li, Min Jian, Yan Zhou, Yingrui
Li, Xiuqing Zhang, Songgang Li, Nan Qin, Huanming Yang, Jian Wang, Søren
Brunak, Joel Doré, Francisco Guarner, Karsten Kristiansen, Oluf
Pedersen, Julian Parkhill, Jean Weissenbach, MetaHIT Consortium, Peer
Bork, S. Dusko Ehrlich & Jun Wang. Nature, 4 mars 2010.

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