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Janvier 2012 - Une bactérie produisant des nano-aimants de greigite
enfin cultivée en laboratoire
Un consortium international, impliquant des chercheurs du CEA
[1], du CNRS et des universités de la Méditerranée
et Pierre et Marie Curie, ainsi que des chercheurs du DOE [2] à
Ames (USA), des universités du Nevada (USA), de Rio de Janeiro
(Brésil), de San Luis Obispo (USA) et de Pannonia (Hongrie), vient
de caractériser un nouveau groupe de bactéries magnétotactiques
(MTB) capables de produire des nano-aimants de magnétite et de
greigite [3] en fonction des conditions environnementales.
La caractérisation phylogénétique, physiologique
et génomique de l’une de ces bactéries, nommée
Desulfamplus magnetomortis BW-1, a été possible grâce
à son isolement en culture et a permis ainsi d’identifier
deux groupes de gènes essentiels à la formation des nano-aimants.
Le premier groupe interviendrait dans la formation de nano-aimants de
magnétite tandis que le second serait impliqué dans la production
de nano-aimants de greigite. C’est la première fois qu’une
bactérie magnétotactique produisant des cristaux de greigite
est isolée en culture. Il s’agit d’une avancée
majeure permettant d’élargir le champ des applications biotechnologiques
de ces nanoaimants. Ces résultats sont publiés dans la revue
Science du 23 décembre 2011.
Les bactéries magnétotactiques (MTB) possèdent un
organite unique, appelé magnétosome, constitué de
nano-cristaux magnétiques de greigite (Fe3S4) ou de magnétite
(Fe3O4). Alignés comme une aiguille de boussole, ces nano-cristaux
leur permettent de nager le long des lignes de champs magnétiques
à la recherche du milieu le plus favorable pour leur croissance.
Bien que très largement répandues dans la nature, les MTB
restent difficiles à cultiver en laboratoire. Seules quelques souches
de ces bactéries, capables de produire uniquement des nano-aimants
de magnétite, ont pu être cultivées. Quant aux bactéries
magnétotactiques formant des nano-cristaux de greigite, les chercheurs
n’avaient à ce jour jamais réussi à les isoler.
Pour répondre à ce challenge, des chercheurs du CEA, du
CNRS, des Universités de la Méditerranée et Pierre
et Marie Curie, en collaboration avec leurs partenaires américains,
brésiliens et hongrois, ont réalisé des prélèvements
au Nevada et en Californie dans des milieux aquatiques constitués
d’eau douce ou d’eau saumâtre. Ils ont montré
la présence de bactéries magnétotactiques (MTB) produisant
à la fois de la greigite et de la magnétite dans ces milieux.
De plus, l’analyse phylogénétique [4] de ces bactéries
leur a permis d’identifier deux nouveaux genres inconnus appartenant
à la classe Deltaproteobacteria, l’une des classes bactériennes
les plus étudiées. Grâce à l’analyse
d’échantillons provenant d’un bassin saumâtre
de la vallée de la mort en Californie, les chercheurs ont réussi
à isoler et à cultiver une bactérie, nommée
Desulfamplus magnetomortis BW-1, appartenant à un de ces nouveaux
genres bactériens et capable de produire à la fois de la
greigite et de la magnétite. De manière générale,
chez les MTB, la formation des magnétosomes est contrôlée
génétiquement par un groupe de gènes, les gènes
mam, qui sont spécifiques des bactéries magnétotactiques
(MTB). Le séquençage du génome de la bactérie
BW-1 a confirmé l’existence de ces gènes mam chez
cette nouvelle espèce. Toutefois, chez BW-1, ces gènes s’organisent
différemment et forment deux groupes de gènes distincts
dans le génome. Le premier groupe est homologue aux gènes
permettant chez les MTB la formation de nano-aimants de magnétite.
Le second partage le plus de similarités avec des gènes
impliqués dans la formation de nano-aimants de greigite. La formation
des magnétosomes de magnétite et de greigite, chez la bactérie
BW-1, serait donc régie par ces deux groupes de gènes dont
l’expression serait régulée en fonction des conditions
environnementales.
Un grand nombre d’applications biotechnologiques sont à l’étude
pour l’utilisation des nanocristaux de magnétite produit
par les MTB, notamment pour l’imagerie par résonnance magnétique,
la dépollution ou l’utilisation de magnétosomes modifiés
comme catalyseurs. La première mise en culture de cette nouvelle
bactérie produisant de la greigite est une avancée majeure
qui va permettre de caractériser ces nouveaux nanoaimants et d’élargir
le champ des applications potentielles des magnétosomes.
es travaux de cette étude ont partiellement été financés
par la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM : SPF20101220993).
Référence :
A cultured greigite-producing magnetotactic bacterium in a novel
group of sulfate-reducing bacteria. Christopher T. Lefèvre, Nicolas
Menguy, Fernanda Abreu, Ulysses Lins, Mihály Pósfai, Tanya
Prozorov, David Pignol, Richard B. Frankel, Dennis A. Bazylinski, Science
, Dec/23/2011.
Contact presse :
Coline Verneau – 01 64 50 14 88 – coline.verneau@cea.fr
[1] L’Institut de biologie Environnementale
et de Biotechnologie de la Direction des sciences du vivant, Cadarache.
[2] Department of Energy : équivalent du CEA aux Etats-Unis.
[3] La greigite est un minéral, un sulfure de fer qui possède
des propriétés ferromagnétiques, au même titre
que la magnétite.
[4] Identification par séquençage des ARN ribosomiques 16S
de ces bactéries.

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